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vendredi 13 octobre 2023

La journée internationale des filles à Bahoranpur

vendredi 13 octobre Hazaribagh

Hier nous avons visité le nouveau centre informatique à Palkot près de Gumla. Nous allons découvrir aujourd’hui celui de Bahoranpur, près de Hazaribagh. C’est là, que durant la période du covid très dure en Inde aussi pour tout le monde, Birendra obtient le prêt d’un champ par le maire du village. C’est là que se tiendront les filles qui arriveront par centaines pour suivre des cours, continuer leur scolarité, éviter le mariage forcé ou la vente par leur famille à des « bureaux de placement » peu scrupuleux qui soudoient souvent un membre de la famille pour attirer plus facilement la fille.

Ces jeunes filles seront choisies en fonction de leur couleur de peau et de leur beauté, soit pour la prostitution, soit pour être femme de ménage dans une famille maltraitante de toute façon. Elles vivront la plupart du temps dans un milieu très éloigné de leur famille avec une langue différente pour qu’elles perdent leurs repères et soient plus dociles. La maltraitance est un moindre mal par rapport aux tortures et aux viols que certaines sont obligées de supporter. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

Aujourd’hui, toutes ces jeunes filles vivant dans cette école, ont signé un contrat de non mariage tant que leurs études ne seront pas terminées… et elles envisagent parfois de les prolonger assez longtemps, aider par un conseiller également professeur, arrivé depuis quelques mois, avec un bagage professionnel conséquent.


Toute l’équipe met en place l’espace de spectacle dans le nouveau collège en cours de construction, avec les ouvriers qui sont en train de continuer leur travail derrière les rideaux !

Le nouveau collège en construction en pleine nature


Tout un groupe important a préparé danses de toutes sortes, ethniques, traditionnelles mais aussi style Bollywood et nous sentons bien tout le plaisir qu’elles ont pris à préparer soigneusement leur costume et leurs enchaînements ! Les maçons eux, sont ébahis et viennent regarder le spectacle, un peu ahuris de l’aplomb de ces jeunes filles. Des petites scènes de théâtre montrent la disparité de traitement entre filles et garçons, l’enseignement traditionnel semble être mis à rude épreuve aussi car il y a de bonnes tranches de rire, tant sur la scène que dans le public !

l'assistance, très attentive !

 
le sari n'empêche pas une danse endiablée !

danse en costume tribal traditionnel
 

Un repas est ensuite servi pour tout le monde et nous devons faire face avec Mi à une demande invraisemblables de selfies !


jeudi 12 octobre 2023

Le Jharkhand et les filles disparues dans le district de GUMLA

Indépendamment de mon intérêt pour le soutien à l’éducation des filles, je suis particulièrement intriguée par leur disparition dans cet état. Cela fait des années que l’association indienne NSVK créée par Birendra, avec lequel je suis en lien depuis 2007, agit pour l’éducation des filles. Cela vise à éviter les mariages précoces ou la vente des filles du fait de la pauvreté et donc leur disparition. Le confinement a renforcé ce mécanisme d’où la création d’une nouvelle école pour les jeunes filles de 15 à 18 ans dont je parlerai plus tard.

Au bout d'une quizaine de kilomètres de mauvaise route et de piste, nous voici à Divgaon


Nous partons dans un petit village perdu dans la campagne, Divgaon. Nous y rencontrons d’abord une femme, Parfulla Tirkey qui nous explique que sa nièce est partie depuis trois ans au Tamil Nadu, état du sud-est de l’Inde, à plus de 2000 km de distance. Appelée par une connaissance pour y trouver du travail, elle n’a jamais donné de nouvelles. Dans ce village trente filles en cinq ans sont parties ; personne n’a de nouvelles.

dans la maison de Parfulla


Nous allons dans un autre village, Banadega, au bout d’une route minuscule, puis d’une piste, nous arrivons sous un gros arbre, magnifique pipal, où est installé le lieu de rencontre et de discussion pour le village. Quelqu’un sonne la cloche et les habitants arrivent. D’un côté, les femmes, avec leurs petits, de l’autre les hommes. Birendra et Lalit, travailleur social de l’association qui s’occupe de ce secteur, annonce le pourquoi de notre visite, le sort des filles qui nous préoccupe. Puis nous posons nos questions. Ces femmes tribales sont quelquefois hardies et pleines d’assurance et nous raconte avec le sourire, la disparition de leur fille (mais qu’est-ce qu’il peut se cacher derrière comme sentiments ?) Pour l’une sa fille est partie il y a déjà dix ans laissant deux enfants de 4 et 6 ans et son mari. Aucune explication. Aucune nouvelle.

le bel arbre du village lieu de réunion
les femmes s'installent sous les branches du pipal


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre se lève et nous dit que ses filles de 15 et 16 ans sont parties il y a deux ans à Delhi pour trouver du travail. Pas de nouvelles.

D’autres femmes sont très timides et à nos questions nous sentons que, pour elles aussi, une de leur fille est partie ou bien une fille qu’elles connaissent. Les émotions sont lisibles sur leur visage qui se transforme mais elles n’osent pas prendre la parole. Une autre est tellement émue qu’elle ne peut plus parler. Rien que dans ce village, il est troublant de voir le nombre de disparitions, soit clairement avouées, soit non-dites mais il y a de nombreux signes de tête qui disent : « oui, moi aussi ». Nous n’avons malheureusement pas le temps d’approfondir.

Lorsque nous demandons si des personnes parties sont revenues, personne du côté des femmes, mais dans le groupe d’hommes, un se lève. Il raconte être parti se faire embaucher sur les chantiers de construction à Goa, sur la côte ouest au sud de Bombay. Il n’a pas averti qu’il partait. Mais au bout de quatre mois il est revenu pour cultiver la terre dans son village. Il n’a pas pu supporter les conditions qui lui étaient imposées : il couchait dehors sur un matelas, pas de toilettes, traité comme un esclave et parfois torturé par le chef, salaire de misère. Alors on se dit que pour les femmes, qu’est-ce que cela peut être ?

la population du village qui est intéressée par le sujet de la disparition des filles


Lorsque nous posons la question si toutes ces familles ont fait un signalement de disparition à la police, aucune n’a fait ce type de démarche. Pourquoi ? Une femme répond en souriant avec un signe de la main bien compréhensible : « ils demandent de l’argent ». Et chacune d’approuver. La corruption règne en maître, et eux sont tellement pauvres qu’ils ne peuvent pas se permettre de payer pour signaler une disparition. De toute façon, leur demande sera vite oubliée.

Et si par hasard les policiers ne sont pas vénaux, ils posent tellement de questions personnelles auxquelles ils ne savent pas répondre, que tous ces villageois préfèrent vivre en paix sans rien signaler, restant avec leurs interrogations.

Bien sûr, avec notre mentalité occidentale nous nous demandons comment toutes ces filles, n’ayant vécu que dans un minuscule village, bien entourées, peuvent partir ainsi sans savoir ce qui les attend, ni ceux qui les attendent… dans une parfaite ignorance de la grande ville et une naïveté incroyable.

Il y a le fait que lorsqu’une connaissance leur dit que leur fille peut trouver du travail à l’autre bout du pays, la famille fait confiance de toute façon. Elle ne pose aucune question et se fie d’emblée à cette personne. Mais ce que nous apprend Birendra c’est que derrière il y a tout un réseau de trafiquants, qui paie la personne qui va contacter la famille. Et lorsqu’on est pauvre on ne va pas rechigner sur 10 mille roupies soit environ 110 euros pour une invitation à faire.


D’autre part, dans ces villages du bout du monde où il n’y a plus d’école (le premier ministre qui avait pourtant promis une école tous les kilomètres en Inde, a fait d’énormes regroupements et il faut faire parfois 15 km pour trouver un établissement scolaire dans cette région), où la pauvreté et la malnutrition règnent, il est normal de laisser les enfants tenter leur chance avec l’espoir d’une aide financière en retour pour eux.


L’association a mis en place un « informateur » chargé de relever toutes les renseignements possibles concernant ces disparitions dans les différents villages.


N’y aurait-il pas une résonance avec certaines de nos histoires familiales avec nos arrières-grands-parents, partis de leur village sans donner de nouvelles, pour trouver un travail et de l’argent dans un autre pays, comme la France ?

 

mercredi 11 octobre 2023

GUMLA

De l’aéroport de Ranchi où nous attend Birendra, son chauffeur et sa voiture connectée, nous allons d’abord vers le sud à Gumla à environ 90 km.

En traversant Ranchi qui est la capitale du Jharkhand, nous passons dans la zone administrative : il y a maintenant une Cour de Justice grandiose et un Parlement tellement immense qu’on dirait le Capitole. Birendra nous précise que c’était auparavant une grande zone agricole d’environ 30 km² habitée par des tribaux et qu’en 60 ans deux cent mille familles ont été déplacées, ce qui fait environ un million d’habitants.

Quand on voit qu’en France certains sont prêts à donner leur vie pour sauver des arbres, en Inde il n’y a aucune politique de sauvegarde des terres agricoles, et encore moins de sauvegarde de la population surtout tribale.

Et bien sûr, toutes ces constructions vont de pair avec les destructions d’habitations pour construire une belle autoroute qui va du Jharkhand jusqu’à Mumbai. Mais attention qui dit autoroute indienne dit bien sûr péage, mais aussi troupeaux de buffles qui la traverse au soleil couchant, enfant qui traverse en courant, traversée de village avec tracteur à contre-sens, etc.


Nous sommes accueillis dans un centre de formation qui jouxte une grande école privée tenue par les Jésuites. Je connais déjà les lieux et il y a là un joli petit musée dédié aux peuples tribaux. On voit ci-dessous le mur décoré qui ceint le musée.


 

Nous rencontrons le directeur du centre, un père jésuite impliqué fortement dans l’accueil des migrants. Ici ce ne sont pas des Africains qui débarquent mais ce sont les Indiens qui migrent. Pour de multiples raisons, mais la première est la pauvreté et la malnutrition. Croire que c’est toujours mieux ailleurs et que l’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin. Mais il faut reconnaître qu’au Jharkhand l’herbe est plus sèche qu’ailleurs ; 63 % des femmes ici sont anémiques et la mortalité infantile est énorme. Les dernières statistiques de mortalité infantile au Jharkhand entre 2019 et 2021 (mortalité avant 5 ans) est de 54,3 sur 1000 naissances vivantes.


Le père jésuite nous dit qu’il fait partie d’un réseau de Jésuites qui s’occupe de cette question de migrations et déplore qu’il n’y ait aucun relais à l’international au niveau des ONG qui pourrait les aider.

Je donne les références de l’association : Migrant Assistance and information Network (MAIN)

Indian Social Institute, 10, institutional Area, Lodhi Road, New Delhi, 110003

tél : +91-11-46039622 – e-mail : info@mainindia.org - www.maindindia.org


 

Nouveau départ !

Parties de LYON Saint- Exupéry à 11h 35 par le TGV jusqu'à Roissy, nous avons largement eu le temps mon amie Mi (oui, elle s'appellera ainsi ça ira plus vite...) et moi de bien rire sur toutes les petites secousses d'imprévu que nous avons eu en cours de route. A Roissy, les cartes d'embarquement se font maintenant uniquement par la machine. On en passe une, puis deux... rien ne passe, on change de lieu et on recommence, rien ne passe... ah ! il y a un bogue ? Il faut faire la queue au seul guichet qui fonctionne avec un être humain ? Nous faisons la queue. Ah ! le circuit informatique vient de boguer ? Il faut refaire la queue devant les guichets de dépose des bagages pour obtenir nos cartes ? Nous faisons la queue (bis). Arrivées devant le guichet et une jeune personne adorable et souriante, elle nous annonce que nous n'avons pas de place ! nous n'osons pas éclater de rire, ça ne serait pas sérieux. Il faut juste ré-initialiser le système que lui dit le chef qui passe... Et voilà comment nous avons appris que cette jeune femme travaillait pour plusieurs compagnies, ce qu'elle trouvait très intéressant car les façons de travailler étaient différentes pour chacune. Et qu'à force de faire des cartes d'enregistrement, elle aimerait bien elle aussi s'enregistrer pour partir quelque part... Oui, nous avons eu le temps de faire la causette et c'était très sympa en attendant que le carrousel qui emmène les bagages daigne se remettre en route. Malgré la queue qui s'allongeait derrière nous.

Embarquement, départ une demi-heure en retard, installation. Le diner est servi à 23 h mais je dormais déjà. Par contre j'ai quand même pris le croissant glacé à 3 h du matin à cause du décalage horaire.

L'écran du siège... ça aide à comprendre qu'il va falloir aller se coucher... enfin, fermer les yeux !

 

Mais avec Air India, fini le dépaysement du départ où il y a vingt ans on entrait dans un avion décoré comme un palais de maharajah et où nous étions servis par des déesses en sari soyeux. Plus de masque pour les yeux, plus d'écouteur personnel, plus de serviette chaude et humide pour se réveiller avant d'arriver. Les économies sont de partout pour faire des billets encore plus chers. Quand je me suis levée dans la nuit et que j'ai vu tout ce troupeau endormi, serré comme des livres dans une bibliothèque universitaire, les jambes engourdies et douloureuses de ne pas pouvoir s'étendre, bien folle suis-je pour avoir encore envie de prendre l'avion... Mais que ne ferais-je pas pour retourner en Inde, mon deuxième chez-moi !

Arrivée, visa tamponné, nous allons refaire la queue pour prendre un vol intérieur de Delhi à Ranchi. A l'aéroport de Delhi, tout est informatisé aussi mais là, tout marche... les cartes d'enregistrement, l'envoi des bagages et le sourire du personnel.

Puis comme des somnanbules nous prenons place dans le long millepattes qui se forme devant le comptoir 44 pour Ranchi. Petit bout par petit bout se scinde ce corps tortillard. Nous montons dans un bus qui nous emmène au fond du terrain pour trouver notre avion. 


 

Nous grimpons à l'ancienne par des passerelles. Il fait 30° et nous continuons notre périple indien.

Dans l'avion, le monsieur à côté de moi me demande si je vais à la Yogada Satsanga association, dont le maitre a été Yogananda Paramahamsa, l'auteur de Autobiographie d'un yogi. Qui peut bien aller à Ranchi ? sinon pour faire de la méditation... Mais non, je n'allais pas lui dire que je m'intéressais à la question cruciale du trafic humain et en particulier des filles, dans cet état du Jharkhand.

 



jeudi 14 mars 2019

la peinture tribale et les femmes de Hazaribagh


deux peintres au travail sur un panneau bordant la route
Tout a commencé par une promenade autour du lac de Hazaribagh au Jharkhand. Cette ville de trois mille habitants a une belle tradition de peintures murales et le gouvernement a une politique d'aide aux femmes tribales qui peignent. Leur salaire n'est pas grand chose, 500 roupies par jour pour faire quatre panneaux à deux et ceci pendant trois jours. Bien sûr, le dessin n'est pas très recherché, mais il correspond au prix donné à savoir un peu plus de 6 euros... Les couleurs sont fournies mais elles doivent s'occuper de leur hébergement et de leurs repas... Cependant elles sont contentes de peindre et c'est une bonne façon de se faire connaitre aussi, la preuve : nous nous sommes arrêtés pour les regarder et leur parler.

discussion sur la suite à faire..
l'entrée du Sanskriti Museum
Pour en savoir un peu plus nous sommes allés le lendemain au Sanskriti Museum et Art Gallery créé par Justin Imam et sa femme Alka à Hazaribagh. Maison familiale remplie de trésors archéologiques et de peintures tribales.

la maison familiale transformée en immense musée
Un trésor patrimonial amassé au fil des ans et avec passion par son père, ses frères et lui. Une bibliothèque incroyable avec de nombreux ouvrages écrits par son père Bulu Imam et lui même. Ou comment comprendre que le Jharkhand est vraiment une région passionnante à découvrir !
A acheter par internet... une belle découverte du Jharkhand

Le lendemain nous partons à la découverte d'un village dans le "block" de Barkagaon, Jorakath, où de nombreuses maisons sont décorées avec des peintures traditionnelles Khovar. De Kho, caverne et var : couple de mariés. Khovar est un mot qui se réfère à la peinture rupestre des abris préhistoriques d'environ dix mille ans avant JC.

petit aperçu d'un petit coin de la grande salle de la maison-musée
explication de la peinture Khovar
dans la cour intérieure d'une maison

Les femmes se font un réel plaisir de nous montrer leurs réalisations, les murs extérieurs et également intérieurs, tous peints avec cette technique particulière : un fond noir grâce au manganèse, on laisse sécher, puis une couche de kaolin et avec un peigne en bambou ou les quatre doigts de la main, on trace le dessin en faisant réapparaitre le noir du dessous.

le paon, animal qui porte bonheur



Elles font également des tentures ou couvertures brodées, les ledra, qui servent à tenir chaud au bébé pendant la saison froide. Les motifs sont toujours liés à la nature et aux animaux.

De belles découvertes dans ce petit village bien loin de tout avec une longue route à peine carrossable. Le Jharkhand n'a pas fini de nous étonner !

lundi 11 mars 2019

Comment revenir de l’enfer ? Les mines de charbon au Jharkhand


la société minière veut la place pour l'exploitation du charbon : on rase les
villages, on déplace les populations
Aujourd’hui, rude journée… nous allons dans des villages qui viennent d’être détruits par TATA pour l’un, énorme industrie indienne et par une entreprise minière du gouvernement de l’autre, mais les méthodes sont identiques.
Nous sommes accompagnés par les leaders de l’opposition et les chefs de villages qui font partie de la résistance aux sociétés minières.
Le premier village, détruit il y a trois semaines, va permettre à la mine de s’agrandir encore plus. Les peuples tribaux vivant sur ces terres envahies par les bulldozers et détruisant leurs habitations, leurs cultures en moins de temps qu’il faut pour le raconter, ont été obligés de partir moyennant une indemnisation ridicule, un bout de terre de 600 acres (environ 150 m2) bien insuffisant pour vivre et 50 mille roupies, alors qu’il faut environ 30 mille roupies pour une famille pour vivre correctement par mois maintenant. 

le lieu de la résistance, au milieu des ruines, avec quelques poussins qui courent
le sourire de la maman, malgré tout, avec ce qui leur reste pour vivre comme
des réfugiés
Un irréductible tribal, qui ne s’appelle pas Astérix et qui ne possède pas de potion magique, tente de résister avec sa femme et sa mère dans un campement de fortune pour continuer à faire valoir ses droits et refuse de céder son terrain. Mais jusqu’à quand ?
Un second village a été détruit il y a huit jours et là aussi, ils sont quelques-uns uns à résister parmi les ruines malgré les pressions physiques, morales, psychologiques énormes. On leur a coupé l’électricité et l’eau, on les menace sans arrêt pour les faire partir.

il y a huit jours les bulldozers ont tout détruit
Les droits de l’homme les plus élémentaires sont complètement bafoués et tout le monde s’en fout. Seules quelques associations luttant pour la justice et la paix, pour le droit à la terre, à la forêt et à l’eau sont présentes pour les soutenir, mais jusqu’à quand ? Les sociétés minières ont corrompu le monde politique, l’administration, la police et il faut être prêt à mourir pour défendre ce qui est toute leur vie : leur terre, leur maison.

les hommes brûlent les morceaux de charbon pour les rendre
plus légers, c'est le coke qu'on avait quand on était petit avec le poêle à charbon
Pour finir de nous démoraliser, nous allons sur le terrain près des mines où les femmes et les enfants vont chercher des gros morceaux de charbon pour les casser en tous petits bouts, les mettre en sac d’environ 50 kilos pour aller les livrer avec leur vélo surchargé jusqu’à Hazaribagh ou Ranchi, marcher deux ou trois jours pour vendre en cours de route les sacs de charbon qui permettront de faire la cuisine.
toute la journée, remonter de la mine  et recommencer
les femmes vont chercher illégalement de gros morceaux de charbon dans la
mine à côté

tout est cassé en petits morceaux

préparation des sacs
les sacs d'une cinquante de kilos sont bien ficelés sur le vélo prêt à partir
Les enfants viennent avec les parents dans cette atmosphère dantesque toute la journée, au loin les sirènes avertissent de la  prochaine explosion, qui devrait se produire à plus de deux kilomètres des habitations ce qui est loin d’être le cas. Nous quittons les lieux, bien sûr nous avons pris des photos, bien sûr que tous les travailleurs ne comprennent pas pourquoi et nous considèrent un peu comme venant d’une autre planète.

terre de feu, terre de désespoir, ambiance suffocante, no future... l'angoisse pour nous, la
pollution, la misère pour eux !
Nous allons essayer de faire quelque chose pour eux, une pétition, peut-être internationale, maintenant nous savons, nous avons vu, nous devons agir de notre côté. C’est notre toute humanité qui est bafouée par la puissance de l’argent. Mobilisons nous pour le changement !


vendredi 27 octobre 2017

Regards. Fête du Chhath à Hazaribagh

J'avais envie de faire des photos sur les regards pendant cette fête, joyeux, interrogatifs, graves, mais toujours beaux...
nous avons sympathisé avec cette femme, son mari et sa petite fille. Et elle nous
a donné des bananes et de délicieux biscuits faits maison à l'anis vert.
son mari lui demande de poser pour une photo et elle lui donne un beau regard
un peu coquin quand même !

elle prend son rôle au sérieux et voudrait bien savoir à quel moment elle pourra
lui mettre un peu de vermillon sur le front !

son mari la suivait, elle vient juste de poser son panier sur les marches et ... où est-il bien passé ?

elle me voit prendre des photos et ça l'amuse beaucoup quand je me tourne vers elle

maintenant que j'ai allumé les bâtons d'encens, je voudrais bien qu'il arrive !

ça va mieux ? tu as un peu moins mal à la tête ? elle s'inquiète pour son amie

bon alors, est-ce que je vais arriver à trouver un mari ici ?

elle vient d'éclater de rire, elle est heureuse, joyeuse dans cette fête









Hazaribagh : la fête de Chhath



le soir sur les rives du lac de Hazaribagh, la foule sur tout le pourtour prête pour
la cérémonie

Dans le nord est de l’Inde, Bihar, Jharkhand, la fête du Chhath est très importante et personne ne manquerait ça sous aucun prétexte ! Parties faire quelques courses en ville à Hazaribagh avec M. nous avons eu du mal à 16 h pour trouver un rickshaw qui voudrait bien nous ramener à la maison, car tout le monde veut se préparer avant de partir au lac avec toute sa famille.
Cette fête commence quatre jours après la grande fête de Diwali et c’est une fête « païenne » pour remercier le dieu Soleil (Surya) et sa femme (Usha) ses bienfaits. C’est aussi l’occasion de faire des vœux particuliers.

partout sur les rives les familles s'installent confortablement
 Les gens se rassemblent sur les rives du Gange ou de tout autre cours d’eau ou lac pour y prendre un bain, prier et faire les offrandes rituelles de fruits et fleurs, noix de coco et lait. Les femmes mettent leur plus beau sari orange ou de toute autre couleur allant du jaune au rouge, les couleurs du soleil. Les musiciens sont aussi de la partie et les tambours rythment les cérémonies familiales. C’est aussi l’occasion pour tous les marchands de barbe à papa et de ballons aux formes et couleurs extravagantes de faire leur chiffre d’affaires !

le marchand de barbe à papa
C’est une affaire de famille qui dure au moins trois jours. Le premier jour est une préparation au jeûne et on ne mange que végétarien et on fait des cérémonies à la maison. Les femmes nettoient tous les ustensiles qui vont servir pour la puja (cérémonie) Le deuxième jour, c’est un jeune complet surtout pour les femmes car ce sont elles qui vont aller dans l’eau et faire la cérémonie de la puja. Elles ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil et le soir après la cérémonie au lac, prennent juste du kheer, un peu de riz dans du lait chaud mais certaines font 24 h ou même 48 h de jeûne sans manger ni boire ! (j’ai l’habitude m’a dit l’une d’entre elles en évoquant un doute sur le fait de ne pas boire. Cela fait 21 ans que je fais ça !). Ce soir là toute la famille vient au bord du lac à partir de 16 h pour s’installer, trouver un bon emplacement surtout si la famille est grande, préparer les corbeilles sur les marches, discuter et attendre avec le reste de la foule l’heure du coucher du soleil (ce soir là à 16 h 55) pour faire les rituels. 

prière du soir
Les femmes entrent dans l’eau, font les offrandes des corbeilles de fruits où sont posées des bougies allumées au dieu Soleil et récitent les mantras avec la famille. Elles font l’offrande de l’eau et du lait, puis marquent leurs amis et relations du point rouge entre les sourcils, offrent la flamme des bougies à chacun.
Après 18 h les rives sont illuminées par les bougies qui restent de la cérémonie
pendant que les familles retournent à la maison
La cérémonie est terminée vers 18 h et chacun regagne ses pénates car demain matin il faut revenir à 5 h pour faire la même chose pour le lever du soleil. Souvent les gens sont là à partir de 4 h du matin, ils ont réservé leur taxi, leur rickshaw si personne n’a de voiture dans la famille ou bien font facilement 4 ou 5 km à pied pour venir au lac.
Nous partons à 5 h en amazone chacune sur une moto d’amis venus nous chercher et dans la nuit ce sont plein de feux rouges qui circulent tous en direction du lac. Un immense parking est prévu 500 mètres avant le lac et la police a mis des barrages partout pour que seuls les piétons puissent passer.

le matin suivant, la nuit est encore là, chacun s'installe et fait ses préparatifs
C’est le 7e jour après Diwali. Il y a autant de monde qu’hier soir sur tout le kilomètre de pourtour du lac, une foule énorme tout autour des rives, c’est impressionnant ! 

certains arrivent plus tard, le jour est déjà là mais les cérémonies pas encore commencées.
Les saris sont magnifiques, les femmes et les hommes portent d’énormes corbeilles en bambou tressé remplies de noix de coco, de pommes et de biscuits faits à la maison. Les hommes portent des régimes de bananes achetés au marché juste avant. Les bébés sont endormis sur les épaules des papas, les petites filles ont mis leurs plus belles robes avec des perles, des dentelles, du tulle et des broderies, et les jeunes n’arrêtent pas de faire des selfies.

on vérifie, les plateaux, les poudres, on allume les bougies
toutes les offrandes qui seront faites au dieu Soleil
offrande de l'eau et du lait
les femmes mettent de la poudre rouge au niveau du 3e oeil à toute la famille
Même cérémonie que la veille mais inversée car au fur et à mesure de la cérémonie la lumière du jour se fait. Petits frissons quand même en voyant toutes ces femmes se tremper dans l’eau à cette heure-ci, il ne fait pas très chaud quand même… Après la cérémonie, elles se changeront vite pour mettre des vêtements secs !
A la fin, grande distribution de gâteaux, de bananes, dont nous profitons amplement et séances de selfies à n’en plus finir, nous sommes les deux seules occidentales sur les lieux et tout le monde veut nous prendre en photo !Comme nous en prenons aussi beaucoup pendant la cérémonie il serait bien malvenu de refuser ! Et ce sont des occasions de discuter un peu avec celles et ceux qui parlent un peu anglais. Pas question de religion ici bien que ce soit plutôt une tradition hindoue, des familles musulmanes viennent faire la puja aussi et nous en saluons quelques unes.
Ce qui est intéressant c’est que des familles entières se retrouvent pour cette fête, du bébé aux grands-parents, les oncles, tantes, cousins, tous les âges sont représentés et beaucoup de jeunes gens et jeunes filles, un excellent moment pour se rencontrer !

ce n'est pas parce qu'on n'a pas de voiture et qu'on est une famille nombreuse
qu'on se privera de cérémonie !
une rencontre imprévue à la sortie du parking !