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vendredi 13 octobre 2023

La journée internationale des filles à Bahoranpur

vendredi 13 octobre Hazaribagh

Hier nous avons visité le nouveau centre informatique à Palkot près de Gumla. Nous allons découvrir aujourd’hui celui de Bahoranpur, près de Hazaribagh. C’est là, que durant la période du covid très dure en Inde aussi pour tout le monde, Birendra obtient le prêt d’un champ par le maire du village. C’est là que se tiendront les filles qui arriveront par centaines pour suivre des cours, continuer leur scolarité, éviter le mariage forcé ou la vente par leur famille à des « bureaux de placement » peu scrupuleux qui soudoient souvent un membre de la famille pour attirer plus facilement la fille.

Ces jeunes filles seront choisies en fonction de leur couleur de peau et de leur beauté, soit pour la prostitution, soit pour être femme de ménage dans une famille maltraitante de toute façon. Elles vivront la plupart du temps dans un milieu très éloigné de leur famille avec une langue différente pour qu’elles perdent leurs repères et soient plus dociles. La maltraitance est un moindre mal par rapport aux tortures et aux viols que certaines sont obligées de supporter. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

Aujourd’hui, toutes ces jeunes filles vivant dans cette école, ont signé un contrat de non mariage tant que leurs études ne seront pas terminées… et elles envisagent parfois de les prolonger assez longtemps, aider par un conseiller également professeur, arrivé depuis quelques mois, avec un bagage professionnel conséquent.


Toute l’équipe met en place l’espace de spectacle dans le nouveau collège en cours de construction, avec les ouvriers qui sont en train de continuer leur travail derrière les rideaux !

Le nouveau collège en construction en pleine nature


Tout un groupe important a préparé danses de toutes sortes, ethniques, traditionnelles mais aussi style Bollywood et nous sentons bien tout le plaisir qu’elles ont pris à préparer soigneusement leur costume et leurs enchaînements ! Les maçons eux, sont ébahis et viennent regarder le spectacle, un peu ahuris de l’aplomb de ces jeunes filles. Des petites scènes de théâtre montrent la disparité de traitement entre filles et garçons, l’enseignement traditionnel semble être mis à rude épreuve aussi car il y a de bonnes tranches de rire, tant sur la scène que dans le public !

l'assistance, très attentive !

 
le sari n'empêche pas une danse endiablée !

danse en costume tribal traditionnel
 

Un repas est ensuite servi pour tout le monde et nous devons faire face avec Mi à une demande invraisemblables de selfies !


vendredi 27 octobre 2017

Regards. Fête du Chhath à Hazaribagh

J'avais envie de faire des photos sur les regards pendant cette fête, joyeux, interrogatifs, graves, mais toujours beaux...
nous avons sympathisé avec cette femme, son mari et sa petite fille. Et elle nous
a donné des bananes et de délicieux biscuits faits maison à l'anis vert.
son mari lui demande de poser pour une photo et elle lui donne un beau regard
un peu coquin quand même !

elle prend son rôle au sérieux et voudrait bien savoir à quel moment elle pourra
lui mettre un peu de vermillon sur le front !

son mari la suivait, elle vient juste de poser son panier sur les marches et ... où est-il bien passé ?

elle me voit prendre des photos et ça l'amuse beaucoup quand je me tourne vers elle

maintenant que j'ai allumé les bâtons d'encens, je voudrais bien qu'il arrive !

ça va mieux ? tu as un peu moins mal à la tête ? elle s'inquiète pour son amie

bon alors, est-ce que je vais arriver à trouver un mari ici ?

elle vient d'éclater de rire, elle est heureuse, joyeuse dans cette fête









Hazaribagh : la fête de Chhath



le soir sur les rives du lac de Hazaribagh, la foule sur tout le pourtour prête pour
la cérémonie

Dans le nord est de l’Inde, Bihar, Jharkhand, la fête du Chhath est très importante et personne ne manquerait ça sous aucun prétexte ! Parties faire quelques courses en ville à Hazaribagh avec M. nous avons eu du mal à 16 h pour trouver un rickshaw qui voudrait bien nous ramener à la maison, car tout le monde veut se préparer avant de partir au lac avec toute sa famille.
Cette fête commence quatre jours après la grande fête de Diwali et c’est une fête « païenne » pour remercier le dieu Soleil (Surya) et sa femme (Usha) ses bienfaits. C’est aussi l’occasion de faire des vœux particuliers.

partout sur les rives les familles s'installent confortablement
 Les gens se rassemblent sur les rives du Gange ou de tout autre cours d’eau ou lac pour y prendre un bain, prier et faire les offrandes rituelles de fruits et fleurs, noix de coco et lait. Les femmes mettent leur plus beau sari orange ou de toute autre couleur allant du jaune au rouge, les couleurs du soleil. Les musiciens sont aussi de la partie et les tambours rythment les cérémonies familiales. C’est aussi l’occasion pour tous les marchands de barbe à papa et de ballons aux formes et couleurs extravagantes de faire leur chiffre d’affaires !

le marchand de barbe à papa
C’est une affaire de famille qui dure au moins trois jours. Le premier jour est une préparation au jeûne et on ne mange que végétarien et on fait des cérémonies à la maison. Les femmes nettoient tous les ustensiles qui vont servir pour la puja (cérémonie) Le deuxième jour, c’est un jeune complet surtout pour les femmes car ce sont elles qui vont aller dans l’eau et faire la cérémonie de la puja. Elles ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil et le soir après la cérémonie au lac, prennent juste du kheer, un peu de riz dans du lait chaud mais certaines font 24 h ou même 48 h de jeûne sans manger ni boire ! (j’ai l’habitude m’a dit l’une d’entre elles en évoquant un doute sur le fait de ne pas boire. Cela fait 21 ans que je fais ça !). Ce soir là toute la famille vient au bord du lac à partir de 16 h pour s’installer, trouver un bon emplacement surtout si la famille est grande, préparer les corbeilles sur les marches, discuter et attendre avec le reste de la foule l’heure du coucher du soleil (ce soir là à 16 h 55) pour faire les rituels. 

prière du soir
Les femmes entrent dans l’eau, font les offrandes des corbeilles de fruits où sont posées des bougies allumées au dieu Soleil et récitent les mantras avec la famille. Elles font l’offrande de l’eau et du lait, puis marquent leurs amis et relations du point rouge entre les sourcils, offrent la flamme des bougies à chacun.
Après 18 h les rives sont illuminées par les bougies qui restent de la cérémonie
pendant que les familles retournent à la maison
La cérémonie est terminée vers 18 h et chacun regagne ses pénates car demain matin il faut revenir à 5 h pour faire la même chose pour le lever du soleil. Souvent les gens sont là à partir de 4 h du matin, ils ont réservé leur taxi, leur rickshaw si personne n’a de voiture dans la famille ou bien font facilement 4 ou 5 km à pied pour venir au lac.
Nous partons à 5 h en amazone chacune sur une moto d’amis venus nous chercher et dans la nuit ce sont plein de feux rouges qui circulent tous en direction du lac. Un immense parking est prévu 500 mètres avant le lac et la police a mis des barrages partout pour que seuls les piétons puissent passer.

le matin suivant, la nuit est encore là, chacun s'installe et fait ses préparatifs
C’est le 7e jour après Diwali. Il y a autant de monde qu’hier soir sur tout le kilomètre de pourtour du lac, une foule énorme tout autour des rives, c’est impressionnant ! 

certains arrivent plus tard, le jour est déjà là mais les cérémonies pas encore commencées.
Les saris sont magnifiques, les femmes et les hommes portent d’énormes corbeilles en bambou tressé remplies de noix de coco, de pommes et de biscuits faits à la maison. Les hommes portent des régimes de bananes achetés au marché juste avant. Les bébés sont endormis sur les épaules des papas, les petites filles ont mis leurs plus belles robes avec des perles, des dentelles, du tulle et des broderies, et les jeunes n’arrêtent pas de faire des selfies.

on vérifie, les plateaux, les poudres, on allume les bougies
toutes les offrandes qui seront faites au dieu Soleil
offrande de l'eau et du lait
les femmes mettent de la poudre rouge au niveau du 3e oeil à toute la famille
Même cérémonie que la veille mais inversée car au fur et à mesure de la cérémonie la lumière du jour se fait. Petits frissons quand même en voyant toutes ces femmes se tremper dans l’eau à cette heure-ci, il ne fait pas très chaud quand même… Après la cérémonie, elles se changeront vite pour mettre des vêtements secs !
A la fin, grande distribution de gâteaux, de bananes, dont nous profitons amplement et séances de selfies à n’en plus finir, nous sommes les deux seules occidentales sur les lieux et tout le monde veut nous prendre en photo !Comme nous en prenons aussi beaucoup pendant la cérémonie il serait bien malvenu de refuser ! Et ce sont des occasions de discuter un peu avec celles et ceux qui parlent un peu anglais. Pas question de religion ici bien que ce soit plutôt une tradition hindoue, des familles musulmanes viennent faire la puja aussi et nous en saluons quelques unes.
Ce qui est intéressant c’est que des familles entières se retrouvent pour cette fête, du bébé aux grands-parents, les oncles, tantes, cousins, tous les âges sont représentés et beaucoup de jeunes gens et jeunes filles, un excellent moment pour se rencontrer !

ce n'est pas parce qu'on n'a pas de voiture et qu'on est une famille nombreuse
qu'on se privera de cérémonie !
une rencontre imprévue à la sortie du parking !

mercredi 18 mars 2015

Hazaribagh (Jharkhand - Inde)

Il est 22 heures, la télé braille au rez-de-chaussée de l’hôtel, les garçons parlent fort, ça résonne dans toute la montée d’escaliers, ma chambre est juste sur le palier du premier au-dessus de la réception, aux premières loges pour les échos qui ne s’arrêteront qu’à une heure du matin et je suis heureuse. Heureuse de me retrouver dans cet hôtel d’Hazaribagh qui était un peu miteux et qui est maintenant resplendissant de propreté et repeint à neuf. L’équipe de garçons de service n’a pas changé, le patron est toujours le même et ça me fait chaud au cœur de revoir tout ce monde que je connais depuis des années, qui me font des coucous avec la main, des namasté, des grands sourires… Le garçon qui vient me servir des légumes et une chapati dans ma chambre, pas le temps de chercher un restaurant, nous sommes arrivés très tard, est toujours le même, et voyant les bananes sur la table, me demande s’il peut en manger une et la dévore dans ma chambre. Soupçonnerais-je une légère faim… ou même une sous-alimentation pour ces garçons ? J’en ai tellement vu dans tous les hôtels, courir toute la journée dans les étages et manger enfin quand les clients dorment tranquilles, vers 11 heures du soir. Comme hier soir dans le Shatabdi Dehra Dun Express, dans le wagon de première classe, les garçons qui servent le goûter (thé, petits biscuits, fruits secs) puis le dîner, dévoués, serviables, jouant les équilibristes avec leur dizaine de plateaux entassés qu’ils distribuent devant chaque personne posément et qui se retrouvent assis par terre en tailleur en train de manger les plateaux restants, coincés entre les toilettes et les étagères à bagages vers 11 heures du soir… Tout ce petit peuple au service qui ne compte ni ses heures ni ses pas, certainement contents d’avoir du travail et qui vivent dans des conditions qui feraient trembler de désespoir un militant syndical.
Ce matin, pour aller plus vite, j’ai pris l’avion. Avec un effort depuis une semaine pour voyager léger : juste un sac à dos qui pèse 6, 3 kg sur la balance de l’aéroport. Je me trouve remarquable !
Une heure quinze de vol au lieu d’une nuit de train, c’est payant… surtout quand le billet d’avion est moins cher qu’un billet de TGV Lyon-Roissy. Petit coup au cœur quand amorçant sa descente vers Ranchi, la capitale de l’état du Jharkhand dans le Nord-Est de l’Inde, l’avion a remis les gaz et est remonté vers les nuages. Le pilote a simplement expliqué que l’atterrissage n’étant pas génial de ce côté, il faisait le tour pour prendre la piste dans l’autre sens… Why not ? Je ne m’étonne plus de rien. Incredible India !
A la sortie de l’aéroport, je me fais accoster par un journaliste, interview, photo.. Je serai probablement dans le journal local demain matin. (et oui, je confirme !)
L'invitée de la ville, "city guest" en titre ! de quoi donner
envie aux occidentaux d'arriver en masse...
C’est dire comme le Jharkhand qui fait pourtant des efforts démentiels au niveau de la publicité pour faire venir les touristes, a besoin de conforter son image auprès du public, surtout indien, car quel occidental va s’amuser à venir ici ? Surtout avec les dernières émeutes dans le district de Gumla où je vais justement demain ! Ceci dit, pour les amateurs de jolie campagne et de nature, de villages typiques au bord de rizières, si on sort des carrières, des mines, des bassins fétides de décantation et des villes polluées il y a des choses à voir. A condition d’être accompagné par quelqu’un du cru. Merci d'accepter l'humour au second degré !
Tourisme au Jharkhand : image bucolique de la campagne

ne pas oublier ses marchés typiques et colorés, situés en plein carrefour au milieu
de la nationale
ses temples historiques et magnifiquement sculptés
son agriculture locale originale : la récolte des fleurs de mawa pour en faire
un alcool familial (et qui aide à augmenter le pourcentage de femmes battues)

et ses levers de soleil enchanteurs pour des lendemains qui chantent, surtout des
chants de lutte pour récupérer les terres occupées par les industries minières

Trois amis m’attendent à l’aéroport, des travailleurs sociaux (Ekta Parishad et NSVK) militants pour les droits de l’Homme ce qui veut signifie ici, le droit à la terre, à l’eau, à avoir un toit sur sa tête, à la dignité, à l’hygiène (bientôt les toilettes obligatoires pour accueillir les jeunes mariées ? Ce serait bien !) et pour cela faire à longueur d’années des centaines de kilomètres de marches non-violentes pour arriver à faire plier le gouvernement pour l’application des lois déjà mises en place ! Ils m’annoncent tout de suite le programme, nous filons au Forest Meeting Hall, beau bâtiment en cours de réfection car laissé à l’abandon jusqu’à présent et réhabilité, repris en main par des militants déterminés, pour une importante réunion afin de renforcer la participation des gouvernements local et central au management de la forêt (très habitée par des peuples tribaux facilement « éjectables » face aux demandes des industriels) en Inde. Le programme est en anglais… mais les débats sont en hindi, dommage car ils semblent vraiment dignes d’intérêt, même si le mien se dilue doucement dans les brumes vaporeuses de l’endormissement. J’ai le plaisir de faire la connaissance de M. Sanjay Upadhyay, avocat à la Cour Suprême de Delhi, fervent défenseur de l’environnement qui ne m’en veut pas d’avoir fermé les yeux pendant son intervention. Sur les vingt personnes présentes, seules trois femmes sont là, bien discrètes, mais c’est un début.

pour les participants au Congrès, buffet debout sous les ombrages : gamelle de riz et
légumes avec sauce lentilles, à volonté... Nos congressistes devraient en prendre
de la graine pour faire des économies sur le budget d'organisation.

L'affiche devant le hall du Palais des Congrès
Birendra en paroles et en action et Sarju qui boit son verre au premier plan
Birendra, mon « interface » habituelle et qui me sert de traducteur, orateur qui visiblement a suscité un grand intérêt car il est vraiment du terrain, part ce soir pour une conférence nationale à Gwalior. Bonne occasion pour me débrouiller avec mes trois mots de hindi et la bonne volonté de Ram Swarup, militant éloquent en hindi, qui sait entraîner les foules, et Sarju, d’une gentillesse à faire fondre une belle-mère indienne mais intraitable sur le prix du kilo d'oranges.
Le groupe que j’accompagnai en février avait vidé ses poches à l’aéroport des roupies qui restaient sans emploi et forte de ce petit pécule nous cherchons tous les quatre avec le chauffeur comment nous pourrions dépenser cet argent utilement pour la petite école tribale que le « comité Lacim (Les amis d’un coin de l’Inde et du monde) » que j’ai monté pour ça parraine depuis déjà deux ans. Entre deux évitements de camions : « et si nous achetions des boites de crayons de couleurs ? » Puis sur l’autoroute entre Ranchi et Hazaribagh à plus de cent à l’heure (la route est bonne, c’est une deux fois deux voies) : « plutôt des cahiers ou des livres d’apprentissage de l’alphabet ? » Entre deux hoquets de peur car les phares que je vois arriver en face, non, ils ne sont PAS de l’autre côté de la séparation mitoyenne de l’autoroute, euh !…ça passe, le chauffeur zigzague, le mobile collé à l’oreille, collé aussi aux pneus par une voiture derrière qui use son klaxon sur des kilomètres, « et si on achetait des ventilateurs ? Il va commencer à faire chaud… », c’est plutôt moi qui transpire dans les sinusoïdales routières et je pense que ces gamins ont depuis toujours l’habitude de la chaleur et qu’il y a peut-être des choses plus intéressantes à acheter. Et puis avant d’arriver à Hazaribagh, en se faisant doubler par un bus local par la gauche (on roule à gauche en Inde ne l’oubliez pas) l’idée lumineuse : le soleil se couche à 18 h 30 à peu de minutes près et les gamins n’ont pas d’électricité pour faire leurs devoirs et manger. Si on trouvait des lampes solaires ? Et voilà comment je me trouve en ce moment, saine et sauve une fois de plus, en train de recharger dans ma chambre d’hôtel deux grosses lampes superbes rechargeables à l’électricité dont une en plus au soleil, que nous allons tester demain soir à l’école.
Merci aux personnes du groupe de Terre du Ciel d’apporter la Lumière ! Beau symbole ! et d'une grande utilité je peux l'assurer... voir bientôt la suite !