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vendredi 27 octobre 2017

Hazaribagh : la fête de Chhath



le soir sur les rives du lac de Hazaribagh, la foule sur tout le pourtour prête pour
la cérémonie

Dans le nord est de l’Inde, Bihar, Jharkhand, la fête du Chhath est très importante et personne ne manquerait ça sous aucun prétexte ! Parties faire quelques courses en ville à Hazaribagh avec M. nous avons eu du mal à 16 h pour trouver un rickshaw qui voudrait bien nous ramener à la maison, car tout le monde veut se préparer avant de partir au lac avec toute sa famille.
Cette fête commence quatre jours après la grande fête de Diwali et c’est une fête « païenne » pour remercier le dieu Soleil (Surya) et sa femme (Usha) ses bienfaits. C’est aussi l’occasion de faire des vœux particuliers.

partout sur les rives les familles s'installent confortablement
 Les gens se rassemblent sur les rives du Gange ou de tout autre cours d’eau ou lac pour y prendre un bain, prier et faire les offrandes rituelles de fruits et fleurs, noix de coco et lait. Les femmes mettent leur plus beau sari orange ou de toute autre couleur allant du jaune au rouge, les couleurs du soleil. Les musiciens sont aussi de la partie et les tambours rythment les cérémonies familiales. C’est aussi l’occasion pour tous les marchands de barbe à papa et de ballons aux formes et couleurs extravagantes de faire leur chiffre d’affaires !

le marchand de barbe à papa
C’est une affaire de famille qui dure au moins trois jours. Le premier jour est une préparation au jeûne et on ne mange que végétarien et on fait des cérémonies à la maison. Les femmes nettoient tous les ustensiles qui vont servir pour la puja (cérémonie) Le deuxième jour, c’est un jeune complet surtout pour les femmes car ce sont elles qui vont aller dans l’eau et faire la cérémonie de la puja. Elles ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil et le soir après la cérémonie au lac, prennent juste du kheer, un peu de riz dans du lait chaud mais certaines font 24 h ou même 48 h de jeûne sans manger ni boire ! (j’ai l’habitude m’a dit l’une d’entre elles en évoquant un doute sur le fait de ne pas boire. Cela fait 21 ans que je fais ça !). Ce soir là toute la famille vient au bord du lac à partir de 16 h pour s’installer, trouver un bon emplacement surtout si la famille est grande, préparer les corbeilles sur les marches, discuter et attendre avec le reste de la foule l’heure du coucher du soleil (ce soir là à 16 h 55) pour faire les rituels. 

prière du soir
Les femmes entrent dans l’eau, font les offrandes des corbeilles de fruits où sont posées des bougies allumées au dieu Soleil et récitent les mantras avec la famille. Elles font l’offrande de l’eau et du lait, puis marquent leurs amis et relations du point rouge entre les sourcils, offrent la flamme des bougies à chacun.
Après 18 h les rives sont illuminées par les bougies qui restent de la cérémonie
pendant que les familles retournent à la maison
La cérémonie est terminée vers 18 h et chacun regagne ses pénates car demain matin il faut revenir à 5 h pour faire la même chose pour le lever du soleil. Souvent les gens sont là à partir de 4 h du matin, ils ont réservé leur taxi, leur rickshaw si personne n’a de voiture dans la famille ou bien font facilement 4 ou 5 km à pied pour venir au lac.
Nous partons à 5 h en amazone chacune sur une moto d’amis venus nous chercher et dans la nuit ce sont plein de feux rouges qui circulent tous en direction du lac. Un immense parking est prévu 500 mètres avant le lac et la police a mis des barrages partout pour que seuls les piétons puissent passer.

le matin suivant, la nuit est encore là, chacun s'installe et fait ses préparatifs
C’est le 7e jour après Diwali. Il y a autant de monde qu’hier soir sur tout le kilomètre de pourtour du lac, une foule énorme tout autour des rives, c’est impressionnant ! 

certains arrivent plus tard, le jour est déjà là mais les cérémonies pas encore commencées.
Les saris sont magnifiques, les femmes et les hommes portent d’énormes corbeilles en bambou tressé remplies de noix de coco, de pommes et de biscuits faits à la maison. Les hommes portent des régimes de bananes achetés au marché juste avant. Les bébés sont endormis sur les épaules des papas, les petites filles ont mis leurs plus belles robes avec des perles, des dentelles, du tulle et des broderies, et les jeunes n’arrêtent pas de faire des selfies.

on vérifie, les plateaux, les poudres, on allume les bougies
toutes les offrandes qui seront faites au dieu Soleil
offrande de l'eau et du lait
les femmes mettent de la poudre rouge au niveau du 3e oeil à toute la famille
Même cérémonie que la veille mais inversée car au fur et à mesure de la cérémonie la lumière du jour se fait. Petits frissons quand même en voyant toutes ces femmes se tremper dans l’eau à cette heure-ci, il ne fait pas très chaud quand même… Après la cérémonie, elles se changeront vite pour mettre des vêtements secs !
A la fin, grande distribution de gâteaux, de bananes, dont nous profitons amplement et séances de selfies à n’en plus finir, nous sommes les deux seules occidentales sur les lieux et tout le monde veut nous prendre en photo !Comme nous en prenons aussi beaucoup pendant la cérémonie il serait bien malvenu de refuser ! Et ce sont des occasions de discuter un peu avec celles et ceux qui parlent un peu anglais. Pas question de religion ici bien que ce soit plutôt une tradition hindoue, des familles musulmanes viennent faire la puja aussi et nous en saluons quelques unes.
Ce qui est intéressant c’est que des familles entières se retrouvent pour cette fête, du bébé aux grands-parents, les oncles, tantes, cousins, tous les âges sont représentés et beaucoup de jeunes gens et jeunes filles, un excellent moment pour se rencontrer !

ce n'est pas parce qu'on n'a pas de voiture et qu'on est une famille nombreuse
qu'on se privera de cérémonie !
une rencontre imprévue à la sortie du parking !

dimanche 8 février 2015

Tiruvannamalai, le prix du regard

Tiruvannamalai est une petite ville du Tamil Nadu dans le sud-est de l'Inde et est connu pour l'ashram de Ramana Maharshi, grand sage indien. En 1896, à l’âge de seize ans, il défia la Mort au moyen d’une investigation pénétrante sur l’origine de son être. Connu plus tard sous le nom de Bhagavan Shri Ramana Maharshi, il ouvrit une voie directe à la quête du Soi et révéla à l’humanité l’immense puissance de la Colline sacrée d’Arunachala, le cœur spirituel du monde, qui est Shiva lui-même. Etudiez Ses enseignements, allez à la découverte de Son Ashram, et profitez des enregistrements audio et vidéo qui se trouvent ici.
A l'ashram de Ramana, un paon sur le rebord de la grande salle du samadhi
et dans le fond la montagne sacrée d'Arunachala
Donc pour tout vous avouer, c'est un lieu absolument magique, beaucoup de monde s'y trouve actuellement, de nombreux occidentaux bien sûr mais de très nombreux Indiens également. Je n'avais encore jamais vu autant de monde... Mais nous étions un dimanche ce qui s'explique aussi.
Il y a beaucoup de sainteté dans cette petite ville de 145 mille habitants, bien des personnes qui donnent des "darshans" (terme de l'hindouisme qui signifie « vision du divin », « être en présence de la divinité » ou encore « vision de l'idole dans le sanctuaire d'un temple »), il y a des affiches collées un peu partout pour annoncer des stages, la venue d'Untel ou d'Unetelle pour vous faire accéder au divin, un peu le supermarché villageois de la prise de conscience du Soi...
la maison de Sri Siva Shakti Ammaiyar
Après le petit déjeuner nous allons tranquillement à un darshan très fréquenté, celui de Sri Siva Shakti Ammaiyar, dit Amma la silencieuse.(photo de son site)
Pendant une vingtaine de minutes, elle regarde ceux qui sont venus la voir et sentir son énergie (puissante). Elle ne fait que ça, elle arrive, regarde chacun puis s'en va.
En arrivant, une des personnes qui fait partie de son entourage, nous dit, voyant un groupe d'occidentaux, si vous voulez, vous pouvez avoir un darshan privé après. Quelle aubaine ! bien sûr que nous voulons en profiter. Donc à la fin du darshan public, nous montons à l'étage et le monsieur s'approche de nous avec un gros cahier ouvert et nous dit : c'est 4 000 roupies par personne. Ah ? on ne savait pas que c'était payant (à vrai dire on s'en doutait un peu mais quand même pas ce prix là, plus de 60 euros par personne pour voir la dame quelques minutes de plus, ça fait un peu cher la minute, quand même... et je dis à ce cher monsieur que je n'ai pas envie de mélanger l'Amour et l'argent. Là il descend à 3 000 roupies mais non, choqués nous redescendons les escaliers, tout en comprenant bien que l'ashram doit vivre, mais quand même. Nous pensons que Amma ne doit même pas être au courant de ce type de spéculation sur le prix de son regard...

L'après-midi nous montons aux grottes où Ramana a médité des années durant, la première, Skandasramam est un joli ermitage ombragé et situé sur la colline surplombant le Grand Temple où Bhagavan vivait de 1916 à 1922.
L'arrivée à la seconde grotte de Virupaksha
La seconde grotte se trouve en-dessous de la première et on y accède par un beau chemin de descente avec de larges pierres. Cette grotte de Virupaksha a la forme d’un  OM et contient le samadhi du Sage Virupaksha. Bhagavan. Shri Ramana vivait ici de 1899 à 1916.  Les deux grottes sont des sites historiques préservés et maintenus par Shri Ramanasramama, qui le fait au bénéfice des visiteurs.

Les grottes fermant à 16 h 30 nous continuons le chemin de descente pour visiter le grand temple d'Arunachaleswar, construit entre le IXe et le XVe siècle.
L'entrée du grand temple de Tiruvannamalai
Notre guide est un passionné de ce temple et nous fait passer d'une enceinte à l'autre, nous expliquant l'origine des bâtiments, ici l'un comportant 1008 colonnes et destiné à l'apprentissage de la danse classique et de la musique pour les filles pauvres qui n'étaient pas mariées à 24 ans (âge complètement rédhibitoire dans l'Inde d'avant pour continuer de penser qu'on pouvait se trouver un mari). Un autre, plus loin, avec 108 colonnes était réservé pour les filles de familles riches. Il arrivait aussi que certaines ne soient pas mariées à 24 ans mais étaient bien moins nombreuses si on se réfère au nombre de colonnes !
Ces jeunes femmes devenaient des danseuses dédiées à Shiva, au temple (et bien souvent aux brahmanes du temple).
Le grand temple vu du chemin en montant à la première grotte
Nous admirons dans un petit temple dédié au yoga, les 44 positions de danse du dieu Shiva-Nataraja sous forme de peintures, nous évitons la gigantesque queue des fidèles qui attendent pour voir le Shiva Lingam dans le Saint des Saints au moment de la puja du soir, cérémonie d'offrande qui rend hommage à la divinité, ici Shiva. Le Lingam a une signification exotérique et une autre ésotérique. L'ignorant vénère Shiva comme une image, une marque, ce qui est l’un des sens du mot Lingam, mais le Sage scrute l'Invisible qui est Shiva Lui-même.Notre guide voudrait bien nous donner tous les tuyaux pour faire baisser notre mental et nous faire concevoir que nous ne sommes que Lumière... Il insiste beaucoup sur le fait de : comment savoir utiliser ce temple de la bonne façon et c'est passionnant.
ce qui est aussi passionnant c'est de regarder les ouvriers sur l'échafaudage
d'une des tours en réparation (payée par les Allemands car le dernier grand
sage de Tiruvannamalai était un Allemand...)
A 19 h il fait grand nuit, nous récupérons nos chaussures à la sortie en se promettant d'y revenir demain après-midi, mais demain est un autre jour !