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mercredi 13 février 2019

Promenade dans Jaisalmer


Se promener dans cette vieille ville que ce soit à l'intérieur du Fort ou dans la ville basse, est toujours un vrai plaisir pour les yeux et pour le coeur avec les rencontres que nous y faisons. Nous aimons discuter avec les femmes qui prennent le soleil sur le pas des portes, avec les commerçants qui nous alpaguent au passage mais qui finissent par nous offrir une tasse de thé et nous raconter leur vie. Comme "Ali Baba" qui, au mois d'août pendant une terrible pluie de mousson a vu disparaitre trois femmes de sa famille dont la sienne, dont la voiture a été emportée par les flots ! Un vieillard de 90 ans lui a dit qu'il n'avait jamais entendu ça de sa vie... là aussi, changement climatique ?
tous les jours, des groupes jouent aux cartes, une sorte de belote à 3 partenaires
la marchande de légumes de la petite place centrale dans la rue principale

presqu'en face de la pâtisserie qui fait des gâteaux incroyables de couleurs pour
la Saint-Valentin ! Je pense que la tourista est quasi garantie...

Nous discutons, prenons parfois des photos et allons le lendemain leur donner la photo papier tirée chez le photographe... nous avons fait cela avec notre marchande de"biscuits apéritif" faits à la farine de pois chiche et qui nous a fait goûter tout ça avant de lui en acheter.
tout pour l'apéro !

Devant les superbes havelis construites par les riches marchands des caravanes d'épices et d'opium au XIXe siècle, le marchand de marionnettes boit son chaï, thé aux épices et nous montre ses marionnettes "fait maison" qu'il nomme "samedi-dimanche" car elles se retournent de haut en bas et changent de visage et de tenue...

les magnifiques balcons ouvragés en pierre jaune du désert squattés par les pigeons
le marchand de marionnettes boit son thé aux épices
Jaisalmer était la première halte bienvenue pour les caravanes venant du Pakistan et un magnifique caravansérail a été transformé en hôtel, mais ça ne déborde pas d'activité. Un garçon prend le temps de tout nous faire visiter, nous emmène sur la terrasse pour la vue magnifique, et nous montre la piscine, qui, si elle est pour le moins originale n'en est pas moins crasseuse. Dommage pour l'image de marque...
pour faire une petite brasse de princesse du désert...  et ne pas craindre les mycoses
les emplacements pour les dromadaires sont maintenant transformés en café chic
le grand jardin permet une tranquillité appréciée

A la sortie de l'hôtel caravansérail, un énorme zébu occupe la place ! mais il a l'air bien placide. Il faut cependant faire attention dans les petites ruelles car un coup de cornes pour avoir la place pour passer est vite donné !
pour passer, faites le tour...
mais surtout laissez leur la place !

jeudi 23 novembre 2017

Calamity Jane en sari rose



Telle Isidora Duncan elle laisse flotter sa longue écharpe (mais juste pour le dessin !)

Elle avait décidé de partir à 7 heures du matin. Mais après avoir bu son premier chaï (thé indien au lait et aux épices) il lui restait encore tellement de choses à préparer même si la veille au soir elle avait commencé à entasser de nombreux petits paquets. Mais là il fallait préparer les parathas (sorte de grosse crêpe) du petit déjeuner, croustillantes et tartinées de ghee (beurre clarifié), vider le frigo et emporter toutes les courses faites la veille au marché. Et prendre une douche.
Bref à 9 heures nous faisons le plein de gas-oil de la jeep prêtée par les voisins et remplie de paquets de carrelage pour la salle de bains de sa mère. C'était pour là-bas, à la campagne à quatre heures de jeep, entre Jodhpur et Jaisalmer, arrêt pour la puja au temple compris. 

le petit temple en cours de route où la famille a l'habitude de venir faire des offrandes
en échange le brahmane donne le "prasad" quelques sucreries
la jeep bien dans l'axe de la porte, prête à repartir (et ça permet de la surveiller)
Heureusement la majeure partie du trajet était en "autoroute" payante, même si au dernier péage elle a décidé de faire 50 roupies d'économie sous prétexte que le gardien de cabine la connaissait. Elle s'est mise devant la barrière de péage et a attendu qu'elle se lève, sans donner une roupie. Et la barrière s'est levée. Etait-ce la surprise de l'employé, subjugué en voyant ces deux femmes en vieille jeep, la conductrice laissant flotter son long voile rose ?
Après l'autoroute, ce fut la petite route de campagne puis celle encore plus étroite à voie unique où le camion d'en face allumait plein phares pour dire "tire-toi-du-goudron-c'est-moi-qui-passe", ce qu'elle accepta vue la taille du chargement de gravier.
la piste tranquille sous le soleil
Après ? C'était la piste tranquille à travers les collines de pierres, il suffisait de suivre les traces dans le désert. Le petit chhatri (monument funéraire) au sommet de la crête, tombe du grand-père, annonçait l'arrivée et la ferme apparaissait, petite oasis.

entre les colonnes du chhatri on devine la ferme
Grande effervescence dans la ferme qui s'agrandit. Belle construction en pierres qui triple facilement la surface initiale car nombreux sont les amis passant de bons moments ici. Visite des travaux et je m'abstiens de tout commentaire sur l'organisation des pièces. C'est leur façon de vivre et de faire. 

inspection des travaux à faire
Il y aura de la place dans la grande salle des invités pour poser au moins une demi-douzaine de lits. Chacun pourra y ronfler à l'aise après le bon repas de chasse et le(s) petit(s) verre(s) d'alcool. Et toutes les couvertures matelassées sont bien entassées dans les énormes cantines métalliques, bien naphtalinées.
C'est ça l'hospitalité indienne : il y a toujours à manger et à coucher pour tout le monde. Mais j'ai encore du mal à accepter de dormir à trois dans le même lit avec ma copine et sa mère, surtout en gardant la lumière allumée toute la nuit.
Nous devions rester une nuit. Mais elle était chef de chantier, conductrice pour aller faire les courses, surveillait les travaux, donnait son avis, organisait les activités pour aider sa mère. Il fallait aller à la ville chercher les carreaux pour la cuisine, ce qui signifiait deux bonnes heures aller-retour, faire le marché pour la distribution des légumes et du tabac aux journaliers le lendemain. 

le carreleur en pleine action
Je préférai choisir la lecture à l'ombre et une promenade dans les cailloux plutôt que de passer toute l'après-midi dans la poussière des chemins.

promenade dans le désert de cailloux
les troupeaux paissent mais ça se rapproche plus du léchage de cailloux
Elle décide de rester une deuxième nuit. Promis, nous partirons en début d'après-midi me répondit-elle concernant ma crainte de rouler de nuit. Mais partir à 14 h, c'était du rêve. Qu'elle fasse le tour des travaux, déjeune, prenne sa douche et nous voilà à 16 h 30. La route la plus difficile sera faite au soleil couchant et il faudra juste éviter tous les troupeaux qui rentrent pour la traite, les nids de poule, les énormes tracteurs et leur gigantesque ballot de fourrage, les bus locaux qui foncent comme des dingues et les motos à trois ou quatre passagers, sans casque bien évidemment.
Et sur l'autoroute elle a décidé sous prétexte d'être cliente fréquente de passer tous les péages sans payer en se collant au plus près du véhicule de devant. Je me suis fait toute petite dans la voiture. Et elle : c'est parce que je suis en jeep qu'on ne me reconnaît pas, quand je passe avec ma voiture c'est sans problème.
Et moi de lui expliquer qu'en France non seulement elle n'aurait déjà plus de permis depuis longtemps rien qu'à sa façon de négliger de faire le tour des rond-points mais qu'elle aurait aussi la police aux trousses pour non-paiement des péages. Mais bon, le traumatisme c'est moi qui l'avais, pas elle.

lundi 28 novembre 2016

MONEY MONEY


Nous sommes à Jaisalmer avec toute la petite famille. Après la journée d’hier où tout le monde est parti sauf moi (pas d’étranger espion, on ne sait jamais) visiter un temple à la frontière pakistanaise, nous avons normalement la journée pour faire les sites principaux de Jaisalmer et en bonne accompagnatrice, j’ai demandé à tout le monde d’être prêt pour 9 h. Bien sûr, et comme prévu nous partons à 10 h 30. La jeune mariée a perdu hier sa bague de fiançailles et semble ne pas s’en préoccuper, bien qu’ensuite elle fasse le reproche qu’on ne l’a pas aidé alors que tout le monde a cherché. Soi-disant perdu dans le lit… mais il paraît que ce n’est pas la première fois qu’elle perd quelque chose et souhaitons que ça réapparaisse quelque part dans ses affaires. Mais là, son mari en fait quasi une dépression.
Je les emmène visiter les temples jains qui les ravis, de la dentelle de pierre sculptée dans un bloc unique.

Puis nous passons au Fort Palace. Entrée payante même pour les Indiens. Je propose de les attendre car je ne peux me permettre de payer les 300 roupies d’entrée pour les étrangers compte tenu de la difficulté à trouver de l’argent actuellement. Mais G se fait fort de tous nous faire entrer sans payer… Elle va voir au bureau et ressort avec un beau papier jaune offrant la gratuité pour sept personnes. C’est là que j’ai appris que la sœur de son beau-père faisait partie de la famille royale d’Udaipur. On a les relations qu’on peut.

la vue générale sur Jaisalmer depuis la terrasse du palais
Suite du programme : la visite des magnifiques havelis dans la ville basse, que personne ne verra cette fois. Les boutiques, quel malheur ! Et surtout les négociations, les marchandages comme je n’ai jamais vu, les discussions à n’en plus finir pour quelques roupies. Et je t’emporte le sac, je vais demander l’avis de mon fils, et si c’était moins cher ailleurs, comment faire ? Parfois c’est même un tel acharnement pour gagner deux cents roupies chez mon bijoutier ami que j’en ai quasiment honte. A croire que leur nourriture du lendemain en dépend.
Même séquence au marché aux légumes avant que nous arrivions à destination. A faire recompter dix fois les marchandises, enlevant une fois les choux-fleurs considérés comme trop cher, recalculant après rajout des dits choux-fleurs mais sans le gingembre, et plus quelques pommes de terre à rajouter gratuitement, et le bouquet de coriandre, et les petits piments verts. Je prends des leçons pour devenir dure en affaires. Mais comme ça je n’y arriverai jamais.

A la sortie de Jaisalmer il paraît qu’il y a un nouveau musée de la guerre tout neuf qui vient d’ouvrir. Alors que nous avons déjà deux heures de retard sur le programme prévu, qu’à cause des derniers achats les havelis sont passées à la trappe, la voiture s’engage dans l’entrée du musée. Arrêt par le planton, ouverture du coffre pour vérification. Les bagages de sept personnes plus les cadeaux, non ce n’est pas nous qui transportons les sacs de billets de mille roupies pour les enterrer au milieu du désert… pas de bombe non plus. OK on peut passer, mais j’explique quand même que je suis non-violente et que ce musée ne m’intéresse pas, je les attendrais. C’était pour moi la visite ? Trop gentil. Mais alors, il faut me demander mon avis AVANT, c’est préférable. Nous reprenons la route en disant tous en chœur que nous sommes déjà trop en retard. Ouf !
A 18 h il fait grand noir et nous nous trompons deux fois de chemin. Nous arrivons enfin à Phalodi chez G et son mari, gros ogre bourru, et sa jolie petite guest-house au sommet de la colline. On débarrasse le coffre, les légumes. Douche et seulement après on commence à faire la cuisine. Repas à 22 h 30 puis je file dans ma tente royale et m’écroule sous ma couette.

les grandes tentes de la guest-house sur la colline
la chambre et au fond la salle de bain (avec eau chaude !) le meilleur sommeil que
j'ai eu en Inde c'était là !


samedi 26 novembre 2016

TRADITIONS


Les 7 personnages principaux : J. mon amie indienne, son fils H1 et sa jeune femme H2, G. la sœur de J. et ses deux enfants : une fille C. 22 ans et un fils 7 ans ½, et moi. Je leur ai promis l'anonymat !
Une voiture Suzuki Maruti de 5 places.

Si nous étions partis à 9 h comme prévu nous aurions dû arriver à l’heure à laquelle nous sommes partis. Mais voilà, c’est l’Inde et ses retournements, ses virevoltes, ses changements et ses accès d’humeur. Chacun passe du temps à manger, à préparer des plats, et de thé en petit déjeuner, de parata en dosa, nous arrivons gentiment à midi et demi. Je demande alors à la ronde si nous attendons le coucher du soleil pour partir.
Dans cette journée de voyage entre Phalodi et Jaisalmer l’arrêt à Ram Deora temple célèbre dans la région, était prévisible. Arrêt dévotion auquel je ne participe pas (étant venue maintes fois dans ces lieux) mais où je reste dans l’allée qui mène au temple pour regarder les femmes faire leurs achats et prendre quelques photos sur ce qui se passe autour de moi. 
venir au temple c'est aussi une belle occasion pour renouveler ses bracelets !

dans l'allée qui mène au temple, nombreuses sont les tentations pour les femmes !

Mais l’arrêt chez les cousins archi-lointains, les arrière-arrière grands-pères des deux familles devaient être des frères si j’ai bien compris, je n’étais pas au courant. Magnifique demeure, double entrée, la première pour le parc et les dépendances, la seconde pour la maison et le grand jardin. Demeure luxueuse et de bon goût. Beaux objets de collection, tableaux, carrelage en marbre (mais en Inde c’est d’un banal), visite de toutes les chambres, combien ? Quatre ? Toutes de couleurs différentes, situées dans l’immense couloir, aperçu du bureau et installation dans l’immense salon avec magnifique bibliothèque. La maîtresse de maison nous présente petits biscuits, sucreries, cacahuètes épicées, une fois comme on dirait en Belgique. Vous refusez par politesse et c’est tant pis pour vous. Ce ne sont pas les élections, il n’y a pas de deuxième tour.

le couloir de cette belle demeure bourgeoise
Le monsieur, charmant, était un ingénieur civil très haut placé.
Nouvelles de la famille, visite du jardin avec cénotaphe du grand-père et nous repartons.

Suite de la route, qui était bonne auparavant et qui est de nouveau en construction, agrandissement, je ne sais quoi mais toujours est-il que ça brinqueballe, ça sursaute, ça hoquète entre les trous et les bosses, il faut contourner, éviter, zigzaguer tout en prenant soin d’échapper au frôlement des camions qui fonce dans la poussière et les jappements de klaxon. Ne pas oublier que nous sommes sept dans la voiture, plus les bagages qui vont avec, la nourriture en plus (hors de question de manger au restaurant, on prépare tout pour pouvoir faire la cuisine là où on arrive).

Nous tournons à droite quelque part entre Pokaran et Jaisalmer. Enorme arc de triomphe en construction, grès sculpté finement, qui indique l’entrée du domaine qui mène au temple hindou de la déesse I Mata vénérée par la caste des rajpoutes.

le petit temple à l'entrée
tour du jardin au soleil couchant
on fait le tour du sanctuaire, au fond les fameuses chambres neuves
les petits kikis attachés aux fenêtres pour les voeux divers
la déesse I Mata

devant le sanctuaire de la déesse
le premier temple à l'entrée


Visite, prières, offrandes, puja. Le temple s’agrandit et possède un dharamsala avec une magnifique rangée de chambres neuves. J. propose que nous couchions là ce soir. Ah bon ? Et pas chez la belle-sœur de la sœur de la cousine qui est sensée nous attendre ce soir à Jaisalmer ? J. me dit que non, personne ne nous attend vraiment. Encore une fois, rien compris au film. J. est emballée à l’idée de passer la soirée ici, se promener dans le domaine immense où paissent les trente mille vaches du troupeau, admirer le coucher de soleil. Géant le coucher de soleil sur toutes ces cornes luisantes de lumière… pas osé demander qu’on s’arrête pour que je fasse la photo du siècle ! Et le dîner alors ? Le temple doit bien s’en occuper ! Nous devons pour cela passer au bureau ce que notre petite équipe fait d’un pas décidé, je traîne un peu car je me doute bien de la suite vu que personne ne se trouve dans ce temple en tant que pèlerin.
Au bureau : nous désirons coucher là ? Pas de problème ! Comme partout en Inde, jamais de problème. Mais les belles chambres ne sont pas terminées, nous vous proposons cette chambre nous dit le directeur en nous ouvrant une sombre porte dans un sombre couloir nous montrant une sombre pièce avec seule une couverture bariolée posée sur toute la surface de la pièce. Tout ça pour nous sept ? Ooooh ! Et le repas ? Voyez en face s’ils font quelque chose, de l’autre côté de la place.
Nul besoin de concertation, tout le monde est du même avis, nous remontons tous les sept dans la voiture, direction Jaisalmer et je rate ma belle photo de soleil couchant sur têtes de buffles.
H1. le fils de J. qui a pris le volant me demande ce qu’on peut voir en arrivant à Jaisalmer. Comme je commence à savoir que les Indiens n’ont aucune notion du temps, je lui fais une proposition de s’arrêter à Ghadi Sar lake tout en sachant qu’il fera tellement sombre quand nous y arriverons que ce n’est pas la peine d’y penser. Nous ne nous y arrêterons que le surlendemain sur le chemin du retour.

le surlendemain au bord du lac Gadhisar
On stoppe quand même à quelques pas de ce lieu pour savoir où aller car J. qui a visité cette famille de cousins il y a quelques mois n’a pas l’adresse ni le numéro de téléphone et ne sait plus par où passer. Intéressant. Vingt minutes et dix coups de fil plus tard, elle finit par avoir quelques infos : le nom et le lieu. Bien joué ! Mais comment trouver la maison de K.S.S. à Amar Sagar dans la nuit noire quand le lieu s’étend sur des kilomètres avec d’innombrables petites routes partant dans tous les sens au milieu du désert ? D’échoppe de thé encore ouverte en épicerie qui plie bagages, de conducteur de rickshaw complaisant en piéton compatissant, J. finit par reconnaître la maison. Ouf ! On ne couchera pas dehors ce soir.
On nous ouvre le portail de la maison des invités et J., sa sœur G. et la grand-mère de la maison dont je ne connaîtrai pas l’arbre généalogique, se mettent à papoter devant une tasse de thé indien. H2 (la femme de H1, le fils de J.) se tient coite dans un coin du salon, son voile rose rabaissé sur ses yeux de bonne jeune mariée obéissante et moi, quasi en face d’elle sur le sofa qui essaie d’attraper son regard. La conversation va bon train à côté. Petit signe de connivence avec H2 qui lève enfin les yeux mais je dois m’y reprendre à trois fois avant qu’elle ne m’adresse un petit sourire contrit. Je lui lance un gros clin d’œil en lui demandant par gestes discrets de venir me rejoindre. Petit signe d’impuissance. J’insiste en sortant délicatement le coin de mon album de sudoku, elle se laisse convaincre et vient me retrouver sur le sofa à petits pas compassés dans sa belle robe bleue satinée.
Complices dans nos sudoku nous laissons se débobiner les conversations en face de nous. Je me demande combien de temps ça va durer, si on va pouvoir manger, coucher ici, car le temps passe et il est déjà 21 heures.
Enfin on nous invite à passer de la maison des invités à la maison de famille, en face, de l’autre côté de la route, ce qui est une mesure de faveur et c’est bien parce qu’on est de la famille.
Cette traditionnelle famille rajpoute m’explique G. la sœur cadette de J. maintient encore la bien conservatrice habitude du purdah (censée ne plus exister depuis l’Indépendance) qui fait qu’on cache les femmes dans la maison.
Je prends note et plaint la pauvre femme qui n’arrête pas de recevoir des invités et qui n’en profite même pas, toujours dans la cuisine à préparer quelque chose et ne peut même pas tendre une oreille pour écouter ce qui se dit. C’est la grand-mère qui s’occupe des conversations et tout ça dans la maison des invités. Le personnel s’occupe du service. Heureusement, cette fois les trois femmes s’occupent de la cuisine avec elle et se racontent les derniers potins.
dans la belle grand cuisine, bien aménagée, les femmes s'activent pour le repas
 Mais pas question de coucher dans la maison familiale qui a des chambres libres. Le mari n’est pas là. Nous repartons dans la maison des invités, le jeune couple prendra la chambre avec la salle de bains, et les cinq autres, à savoir J. sa sœur G. et ses deux enfants, la fille 22 ans, fine comme une brindille, artiste peintre, et le fiston galopin 7 ans ½ ainsi que moi, occuperont le salon. Nous nous partageons l’espace entre le lit king size et les sofas et pour ma petite envie au milieu de la nuit j’irai comme les chiens marquer mon territoire dans la cour.

A chaque séjour en Inde, de nouvelles découvertes, façon de vivre, de recevoir, d’inviter…
Seul le partage de l’intimité dans une famille indienne permet de se rendre compte réellement de la condition de la femme, de la façon d’éduquer les enfants, les différences entre pauvres et riches, les traditions de castes.
Mais ici aussi il y a du changement. Je vais dire à J. qu’elle arrête de se prendre pour la reine d’Angleterre en acceptant que sa belle-fille fasse une génuflexion pour lui dire bonjour. Mais après, elle va me dire que les traditions se perdent.

mardi 8 novembre 2016

Prends donc un bus privé !


Trajet Jaisalmer Jodhpur .
dans le bus, au démarrage (après plus de batterie dommage !)
J’étais venue prendre mon billet la veille à la station de bus. Mais c’était à un agent qui a pris comme commission 50 % du prix du billet ! J’ai fait la comparaison dans le bus avec mon voisin, vite fait de voir ça ! Mais cette entrée en matière m’a permis de faire la connaissance d’un musicien de Jaisalmer, un manganyar, d’une lignée traditionnelle de ces musiciens du désert qui connaissent aussi bien Bartabas (qui les a fait jouer dans un de ses spectacles) que les hôtels 5* de Delhi ou Bombay, Florence ou Vancouver. J’ai donc passé la première partie du trajet à discuter avec lui et à regarder ses vidéos sur son téléphone, à me laisser prendre en selfie avec lui tout en lui recommandant la discrétion sur sa page Facebook !
« Prends un bus privé » m’avait conseillé mon amie de Jodhpur, « ce sera plus confortable ! ».
Sauf que le dossier incliné à 120° ne peut pas se redresser. Quel que soit le siège. Tous bloqués dans cette position où l’on est bien que si on dort.
Sauf que seule la partie droite du bus a une rangée de deux fauteuils et qu’avec le numéro 16 je me trouve dans le fond. Tout le reste du bus est en couchettes. Soit à deux places au-dessus des sièges, soit à une place pour la partie gauche. Et c’est là que ça s’entassent, au rez-de-chaussée comme au premier 4 personnes par couchette. S’entassent donc le grand-père tout de blanc vêtu, avec sa longue « kurta » (chemise) et tenant une grande fourche en bois achetée probablement sur le marché, des jeunes couples avec souvent une divine et belle femme rajpoute aux yeux rieurs, aux longs cheveux noirs tressés bordés de bijoux traditionnels en or et pierres précieuses, un bébé accroché au sein ou plus grand jouant avec sa natte, un marchand musulman avec un calot de coton tricoté à fines côtes sur le crâne, somnolent, un énorme sac d’oignons coincé entre ses pieds au milieu du couloir, beaucoup de jeunes gens (étudiants ?), des hommes avec des boucles d’oreille rajasthani traditionnelles, or et petits rubis, comme des fleurs s'épanouissant dans les cheveux noirs.
Le couloir est plein, sur les couchettes du haut ce sont plutôt des femmes, dont je ne distingue que les voiles orange, jaune ou fuchsia, une au visage plus buriné et aux tongues usées en cuir de chameau.
Le bus s’arrête dans les villes principales, à Pokaran assez suffisamment pour visiter les toilettes du café mais il faut faire vite pendant que s’échangent à travers les vitres ouvertes roupies contre glaces ou cornets de papier remplies de boulettes frites.
Alors quelle différence avec un bus local ? Déjà, il n’y a personne sur le toit ! Et mon bagage a été fermé à clé dans la soute en échange de 40 roupies ce qui me permet d’avoir l’esprit tranquille pendant ces six heures de route. Le bus ne s’arrête pas dans les petits villages et le reste du temps quand l’état de la route le permet, il fonce à toute allure et le chauffeur se prend pour le Miles Davis du klaxon italien. On en prend plein les oreilles même au fond du bus. Et pour le confort je suis vraiment plongée dans l’action du roman que je lis, secouée comme un prunier dans une jeep du siècle dernier  à travers les fondrières de la jungle birmane à la recherche des mines de rubis. Ca me permet de coller à l’histoire facilement. Sauf que les animaux autour sont des éléphants alors qu’ici ce sont des dromadaires. Mais on ne va pas chipoter pour quelques trompes, les cahots eux restent les mêmes.

(1) Joseph Kessel : la vallée des rubis, en vente en français au pied de toutes les bonnes pagodes birmanes.

dimanche 6 novembre 2016

Le non-soleil de Delhi (la lune n'en parlons plus)


Reverra-ton jamais le soleil à Delhi ?
J’avais envie de rester tranquillement quelques jours à Delhi, écrire, me balader un peu et rencontrer quelques amis. Mais d’être littéralement saisie à la gorge du matin au soir dans une atmosphère grise, visqueuse et piquante ne donne guère envie de rester dans la capitale.
Alors que fait-on ? En France on part vers le Sud, ici ce sera vers le Sud-Ouest, le Rajasthan et toujours plus à l’Ouest, à Jaisalmer, cette merveilleuse forteresse du désert. Là je peux espérer avoir un peu d’air pur s’il n’y a pas trop de patrouilles aériennes le long de la frontière pakistanaise.
Mais avant cela il faut aller à la gare, et malheureusement celle de Old Delhi, alors que mon hôtel est à une « walking distance » comme on dit ici de la gare de New Delhi. Une demi-heure de trajet si tout va bien, une heure s’il y a des embouteillages. Et si en plus le conducteur du taxi ne connaît pas le chemin, le tout cumulé ce sera une heure trente. Quelle bénédiction d’avoir pris deux heures de battement pour faire ces cinq kilomètres. Sinon j’aurais été angoissée tout le long du chemin, coincée entre les charrettes à bras chargées de colis monumentaux, les taxis voitures, les autres rickshaws tous bord à bord et mon chauffeur qui se levait de temps en temps de son siège et demandait mine de rien où était la gare… mais j’aurais dû m’en douter car il est parti dès le début en sens inverse… je me suis dit qu’il connaissait peut-être un raccourci et puis, je ne suis quand même pas du coin pour lui dire où passer. C’est là où j’ai béni mes deux heures d’avance. L’écharpe coincée devant le nez, je me suis plongée dans un Sudoku pour éviter de voir qu’on n’avançait pas, que mon chauffeur angoissait un peu mais dans le rétroviseur il me voyait tout à fait cool donc ça l’a rassuré. Je n’ai pas hurlé : « mais dépêchez-vous, je vais rater mon train ! »  car même si je l’avais fait qu’est-ce que ça aurait changé ? je n’ai jamais vu un tel embouteillage de ma vie. D’habitude, ça bouchonne mais ça finit par bouger un peu. J’aurais, bien sûr, été plus vite à pied, mais le problème est : où passer quand on veut aller à pied ? Non, il n’y a aucun endroit où poser les sandales… et encore moins faire rouler une valise. Pour pouvoir traverser la rue, ce qui devenait un exploit digne de Superman, il faut escalader par-dessus les vélos-rickshaws, devenir serpent pour ne pas se faire coincer le haut du corps par un vélo, le bas par une charrette et les bras entre des paquets ficelés disposés en équilibre sur un énorme diable. Les entrelacs de pare-chocs, de roues de toutes sortes, de pattes de buffle tachetées de curcuma (ils avaient été à la fête) et de Royal Enfield formaient un fouillis fumant, bruyant, puant et inextricable.
J’ai bien regretté plusieurs fois de n’avoir pas mon appareil photo à portée de main.
Le rickshaw à peine arrêté enfin devant la gare, un porteur se présente que je m’empresse d’accepter, cela va m’éviter de chercher le quai, de porter mon sac dans les escaliers (toujours pas d’escalators dans cette gare) et s’il y a des changements il le saura. Effectivement, le numéro du train est annoncé sur le quai 9 et au bout de cinq minutes le train arrive sur le quai 8. Mon porteur revient gentiment me trouver, prends mon sac, me dit que c’est ce train là que je dois prendre et me monte le sac dans le wagon jusqu’à ma place. Une façon comme une autre de me forcer la main pour lui donner 50 roupies de plus mais je le fais avec plaisir et je reçois en retour un merveilleux sourire et un petit au-revoir de la main. Pour moins d’un euro de plus je suis bien installée et j’ai fait un heureux car quand on voit comment certains Indiens chipotent sans arrêt en traitant les porteurs comme des esclaves, je me dis que je peux éviter de faire la même chose.
J’ai une couchette en haut, c’est parfait, cela me permettra de faire la grasse matinée ! Un monsieur arrive, il a la couchette du haut en face, puis une famille de trois et le monsieur me propose une couchette en bas au début du wagon. Mais pas question de changer maintenant que je suis bien installée. Et en plus la couchette 3 c’est juste celle à côté de la porte du wagon, donc jamais tranquille pendant la nuit avec tous les gens qui passent pour aller aux toilettes. Voyant que je ne bougerai pas le monsieur d’en face accepte de changer pour que la petite famille soit ensemble. Famille de militaire, donc aisée, probablement rajpoute. La fille, dix ans, coiffe aussitôt son casque, sort son ordi et regarde un film. La jeune femme, en jeans, cheveux noirs mèchés de doré, sort sa tablette et regarde une émission débile où ça rigole toutes les 7 secondes, et sans casque… mon regard un peu insistant fait qu’elle baisse quand même le son.
Soup, tomato soup, ça y est le service de dîner commence à passer dans le couloir, bientôt 19 h, un autre va passer pour prendre les commandes des repas, les vendeurs de bouteilles d’eau, de biscuits apéro, de thé au lait passent en courant dans le couloir ou en traînant sur les mots pour qu’on ait le temps de les appeler.
C’est la vie dans le train de nuit. Et demain matin ça va reprendre pour le thé, quasi au lever du soleil, car lui, va enfin pouvoir se lever, loin de Delhi.

Le soleil je ne l'ai pas vu se lever car j'étais dans le train, mais se coucher, oui,
du haut de la forteresse de Jaisalmer ! ça fait du bien...