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mardi 17 octobre 2023

Après la pluie, le beau temps

Ce mardi 17 octobre, nous sommes au grand temple à 6 heures du matin, là où il se passe toujours quelque chose !
l'arrivée au petit matin au grand temple
Effectivement, nous n'avons pas commencé notre circumambulation (tour qu'on fait en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour du temple principal) que nous entendons gronder, les nuages virent au noir et la pluie commence à tomber. Nous nous précipitons doucement, à cause du sol en marbre qui, mouillé, est un vrai toboggan, vers une zone abritée déjà fort occupée.

On se croirait presque dans le métro du matin sauf que là ce ne sont quasiment que des moines. 

 

Nous attendons tranquillement la fin de l'ondée, nous reprenons notre tour pendant que certains commencent à balayer l'eau de partout afin que toutes les communautés présentes puissent s'asseoir et chanter. 

 

Quelques images d'après la pluie, puis la reprise des mantras une fois que tout a été balayé, séché, les plastiques ajoutés, les tapis remis. 

 

Après la pluie...

Les moines se sont tous réinstallés par pays (et par couleur aussi !)

 
Une femme distribue des enveloppes
avec de l'argent à chaque moine

Chacun a eu droit à une boite de gâteaux donnée par une des communautés. Sont représentés le Sri Lanka, la Thaïlande, la Birmanie (des petites nonnes très jeunes tout en rose), la Corée du Sud, l'Inde bien sûr, le Vietnam. 

 

En Birmanie, tous les enfants de moins de 18 ans, filles et garçons doivent
faire un séjour en monastère pour leur éducation.


Nous nous disons que les boites de gâteaux iraient mieux dans l'estomac des enfants tout nus qui dorment sur le trottoir tout autour du temple. S'y presse une quantité de familles logeant juste sous une toile coincée par de grosses pierres, parfois sans rien du tout ; et là, oui, c'est difficile d'accepter cette immense dénuement face à tout ce que nous voyons dans le temple, les énormes coupes de fruits, les kilos de paquets de biscuits, les magnifiques bouquets de fleurs. 

Un petit garçon ramassant les déchets plastiques
et carton pour les revendre.
En France au moins 2822 enfants dont 700 de moins de 3 ans
sont dans la rue aussi !
 

Nous laissons les chants et les divers rituels de chaque communauté pour aller voir une Française, Dominique, qui s'occupe d'une école juste à côté de notre guest-house. C'est une toute petite école de quartier, mais Dominique n'est plus là, elle est dans une nouvelle école un peu plus loin. Nous trouvons un magnifique immeuble tout neuf avec 730 élèves en train de passer leur examen trimestriel. Nous discutons avec les responsables sur le modèle éducatif dans cet état du Bihar, le plus pauvre de l'Inde, où un enfant est kidnappé toutes les demi-heures ! (oui, nous avons bien fait répéter plusieurs fois tellement ça nous semblait ahurissant !). Ces enfants servent d'esclaves que ce soit pour le travail dans des ateliers divers (fabrique de bracelets, de masques), soit pour le trafic sexuel, soit éventuellement pour leurs organes. Et là, le directeur nous confirme exactement la même chose que pour le Jharkhand : aucune famille ne porte plainte pour les disparitions à la police, les parents supportent et ne disent rien à cause de la peur, des représailles possibles et tout particulièrement si ce sont des filles qui disparaissent.

Une fois de plus nous voyons que l'éducation est un moyen magistral pour pouvoir sortir de cette pauvreté. En exemple, un jeune homme après avoir terminé ses études supérieures devient soutien de famille (ce qui sous-entend une bonne douzaine de personnes). Dans cette école, tout est gratuit, de l'uniforme aux livres, et 44 enseignants se distribuent les cours. Comme pour l'école du Jharkhand la notion de conseil est importante, les jeunes n'ayant aucune idée des matières à choisir pour faire tel ou tel métier.

Une des classes où les élèves, mélangés par niveau
pour ne pas copier sur le voisin, passent leur examen


Nous prenons le café, absolument délicieux me dit Mi, (qui confirme !) et un excellent porridge (pour moi !) dans la guest-house construite grâce à Dominique. Elle nous explique qu'elle a maintenant besoin d'argent pour faire fonctionner l'école et qu'elle va créer une école payante également, pour ceux qui le peuvent, qui subventionnera l'école gratuite. C'est une femme formidable que nous venons de rencontrer...

Surtout allez visiter son site : https://shantindia.org/

dimanche 17 mars 2019

Un soir ordinaire à Bodhgaya (Bihar)


l'entrée du grand temple de la Mahabodhi à Bodhgaya
Bodhgaya est une petite ville de trois mille habitants, mais des milliers de pèlerins y viennent chaque jour prier le Bouddha, qu’ils soient hindous ou bouddhistes, du Japon, de Corée, de Thaïlande, du Sri Lanka ou tout simplement de l’Inde. 
le joli petit marché derrière le grand temple

Dans le petit marché juste derrière, les moines achètent quelques fruits pour le soir, le marchand de thé sert les habitués, et bientôt les étals vont se vider, les tables se refermer, les fruits vont se remettre en caisse et en cagette.

Ici, le soleil ne se pavoise pas le soir de toutes les couleurs. Des couleurs, il y en a de partout et les drapeaux tibétains éclatent d’orange, de jaune et de rouge. Ici, le soleil ne s’éternise pas après 18 heures, il file en bas de l’horizon et toutes les loupiottes du temple de la Mahabodhi alors s’allument, des blanches, des vertes, des bleues.

Les pèlerins qui viennent d’arriver dans ce lieu saint, transportent des plateaux de fleurs, pétales de roses, œillets d’Inde et font le tour du temple en récitant leurs mantras. Dévotion, méditation, circumambulation.

Quelques moines s’attardent encore sur leur coussin une fois la tournée des moustiques terminée. Les micros des chefs de groupe se sont tus, le mitraillage des touristes-photographes aussi, enfin un peu de tranquillité pour se poser face au pipal, l’arbre sacré sous lequel le Bouddha a atteint l’Eveil.

L’enfant pèlerin s’est endormi en attendant sa mère qui essaie de récolter encore quelques pièces au pied des escaliers.

Des femmes papotent encore près de la pièce d’eau où le Bouddha, pris sous le déluge de la mousson, a été protégé par le grand naga, le roi des serpents, l’abritant sous son énorme gorge déployée.

Les derniers mendiants, estropiés, paralysés, esquintés de la vie, vrais ou faux, délaissent les entrées pour rejoindre leur bout de trottoir, leurs vieux chiffons, pour dormir bien cachés des moustiques, ensevelis sous leur couverture.
dernières bougies allumées...
plus personne, les drapeaux aux couleurs tibétaines claquent dans la tiédeur du soir

samedi 21 octobre 2017

Bihar : Rajgir et le Pic des Vautours



Cela fait très longtemps que le nom de Rajgir associé à « Pic des Vautours » m’a fait rêvé. Et cette fois, j’allais pouvoir y aller ! Depuis Hazaribagh par taxi pour 2500 roupies pour la journée, nous partons visiter Rajgir et Nalanda. Rajgir en premier car il y a pas mal de sites dispersés et c’est là où nous apprécions le taxi.
Rajgir est une ville très ancienne et on y a retrouvé des restes de céramiques datant de 1000 av. J.-C. Selon le pèlerin chinois Xuanzang, on y distinguait la vieille cité sise dans une vallée différente de la ville actuelle et jadis entourée de murs de terre et d’une muraille cyclopéenne de pierres, et la nouvelle ville, plus grande et entourée d’un mur de terre, située non loin de la Rajgir actuelle.
 La grotte de Sonebhandar nous montre des sculptures du 4e siècle un peu rabotées par les Musulmans plus tard et dont la légende explique qu'il y aura un trésor caché derrière une porte de pierre qu'on devine un peu. Bien sûr les Anglais ont tout essayé pour passer cette porte mais il y aurait un tunnel communiquant avec les sources et le gouvernement indien par la suite n'a jamais voulu faire sauter la porte de peur d'endommager les sources. Le mystère reste entier et c'est très bien !

la roue de la loi bouddhiste et probablement une représentation du Bouddha
on devine la structure de la porte de pierre qui a subit bien des assauts au cours des siècles
sans jamais livrer son secret.

Rajgir est un lieu de pèlerinage pour les hindous, bouddhistes et jaïns, où on trouve de nombreux sites historiques ainsi que des monastères et un stūpa construits par des bouddhistes japonais.

80 roupies pour se balancer et avoir quelques émotions, c'est donné !

un magnifique stupa en marbre blanc pour la paix, parmi les 80 existant dans le monde

magnifique vue à quasiment 360°
de nombreux touristes et pas que des Japonais
Quatre statues d'or aux points cardinaux sur les moments principaux de la vie  du Bouddha

Nous commençons par les Japonais. Et hop dans la balancelle qui va nous monter jusqu’au Vishwa Shanti Stupa tout blanc en haut de la colline. Dix mille personnes ont travaillé pendant dix-huit mois sur le site. La vue est superbe de ce lieu qui domine toute la région.

la descente plus impressionnante permet de voir un panorama splendide
C’est aussi une ville d’eaux du fait de la présence, près de la grotte Saptparni où aurait eu lieu le premier concile bouddhique, de sources sacrées pour les trois religions.
 
le lieu des sources

une salutation à la déesse au sortir du bain
Les hommes et les femmes se baignent chacun de leur côté et nombreux sont ceux qui viennent prendre leur bain gratuitement. De beaux bouillons de culture aussi !
Nous continuons à grimper au-dessus des sources sur la colline de Vaibhava et à prendre le chemin qui monte aux temples jaïns. Il y a là les grottes de Pippala, utilisées comme demeure et tour d’observation par les moines.  Il est dit que le Bouddha y aurait médité.
le chemin de la colline de Vaibhava
Le chemin escalade la colline et les pèlerins âgés ou en mauvais état physique se font transporter sur des balancelles ou des chaises à porteurs, comme dans tous les pèlerinages jaïns la plupart du temps tous situés en hauteur après quelques centaines ou milliers de marches à grimper.

Arrivée au dernier temple, il y a encore une arche, un chemin, mais on me signale que je ne dois pas aller plus loin, juste pour prendre des photos…

Ajouter une légende
et tout au bout encore un autre temple... dommage mais pas le temps d'y aller de toute façon
Le premier concile bouddhique aurait eu lieu au Ve siècle av. J.-C., un an après la mort du Bouddha, avec pour objectif de pérenniser les règles et la doctrine instaurées par lui. et Et la tradition se continue d’après les affiches.

les affiches des précédents conciles
Un peu plus loin se trouve l’emplacement du Monastère de Venuvan : bois de bambous que le roi Bimbisâra aurait donné au Bouddha et à ses moines et moniales, site du premier monastère bouddhique.
Sur les lieux les moines continuent à discuter
Venuvan
Nous avons déjà passé bien du temps à Rajgir et notre chauffeur veut passer à Nalanda. Le Pic des Vautours continuera à me faire rêver !

mercredi 18 octobre 2017

Partir en Inde ? Oui au Bihar !


La France est bien un pays riche ? dit l’officier de police à mon amie M au contrôle des visas à l’aéroport de Delhi. Surprise de M à cette question. Vous allez à Patna ? reprit-il en lisant l’adresse en Inde indiquée sur l’imprimé d’arrivée. Oui, dit-elle d’un air toujours aussi surpris. Vous savez que Patna est dans le Bihar ? Vous voulez vraiment aller au Bihar ? Vous savez que le Bihar est l’état le plus pauvre de l’Inde ? Mais pourquoi vous n’allez pas au Rajasthan ? (sous-entendu : comme tout le monde ?)
Et voilà comment un officier de police vous avertit galamment que votre destination est pourrie et que vous feriez mieux d’aller voir ailleurs s’il y est.
Mais bon, notre billet d’avion pour Patna était pris et nous prenons la navette pour aller à l’aéroport national. Déjà nous sommes les seules occidentales dans la navette. Et pour Patna les seules occidentales pour le vol. Evidemment nous pouvons commencer à nous poser des questions. Patna, capitale du Bihar, deux millions d’habitants, 35° C et pas mal d’humidité, la mousson trainant en longueur et l’anglais est loin d’être parlé couramment. Nous prenons un taxi pré-payé pour aller à notre guest-house, située dans un quartier tranquille mais bien loin du centre et de la gare.
Le lendemain, nous prenons une visite de la ville en taxi organisée par notre hôtel, il n’y a pas énormément de choses à voir et tout est dispersé. En plus, c’est Diwali et c’est la folie dans la ville à croire que tout le monde a pris sa voiture pour créer des embouteillages monstres. Notre chauffeur, qui ne parle pas un mot d’anglais, mais j’arrive à comprendre de temps en temps où il veut en venir,  file de bonne heure au plus loin pour la visite d’un des cinq plus grands temples sikhs : Takht Sri Patna Sahib.
Nānakou Gurū Nānak Dev (1469-1539) était un mystique et poète indien, maître fondateur du Sikhisme et premier des dix Gurus du sikhisme. Il serait resté dans cette ville trois mois lors de ses différentes pérégrinations à travers le monde.  Et le 22 décembre 1666 Guru Gobind Singh est né à Patna. Guru Gobind Singh (1666-1708) est le dernier des dix Gurus du sikhisme et le créateur du Khalsa, l'ordre chevaleresque des sikhs.
Le Takht actuel a été fini en 1957. La pièce centrale et principale représente l'endroit où Guru Gobind Singh est né. De l'or et du marbre parent le temple. Beaucoup de reliques comme des sandales en bois, un vieil habit, un peigne, de nombreuses armes sont conservés dans le temple.
l'habileté et la beauté du travail des artistes indiens

Visite du temple sikh, magnifique, chants, méditation, tranquillité, offrande rituelle « prasad » d’un gâteau sucré et nous allons voir un peu plus loin les rives du Gange. Même si ça ne vaut pas les ghats de Bénarès, quand même aller dire bonjour à notre Mère Ganga.
petit coin au bord du Gange vraiment très familial
Nous partons ensuite visiter le Musée, superbe, dehors et dedans (belles collections de statues, peintures, objets archéologiques). 

le musée de Patna avec à l'entrée une belle sculpture en briques d'une tête de bouddha

 
la cour intérieure avec une architecture plutôt rajpoute
Nous payons le ticket d’entrée maximum (500 roupies) afin de voir le trésor du Bouddha enfermé et cadenassé dans une pièce spéciale qu’on vient ouvrir exprès pour nous… c’est dire la foule (du moins ce jour là) qui vient voir ce trésor : des cendres du Bouddha mélangées à de la terre, une petite feuille d’or, une perle. Pas de photo mais on en trouve sur internet !

les reliques du Bouddha Gautama enfermées dans une petite
coupe à l'intérieur du stupa

Petit tour au Buddha Park pour aller méditer dans le grand stupa au centre du parc. C’est 20 roupies déjà pour juste entrer dans le parc mais cela permet à de nombreux jeunes couples de se conter fleurette tranquillement dans la verdure ! Et partout nous sommes regardées comme des extra-terrestres, à croire qu’ils n’ont jamais vu de femmes occidentales.

le Buddha park situé en face de la gare principale, une oasis au milieu du vacarme

L’énorme silo à grains est fermé et les échafaudages lui font comme un traitement d’acupuncture pour lui refaire une beauté. Mais pas de grimpette pour admirer la vue générale sur Patna, ni chant à l’intérieur du silo pour écouter la réverbération.

Golghar : gros silo à grains prévu pour prévenir les famines dans cette région
et du coup privée de la vue panoramique sur la ville !

Le soir arrive, les boutiques sont pleines de lumières pour Diwali, des petites coupelles de terre pleines de ghee (beurre clarifié) où trempe une mèche éclairent les trottoirs comme les couloirs de notre hôtel.

La plupart des gens ont rejoint leur famille pour fêter cette sorte de « Noël » indien, fête de la lumière. Dans la nuit les pétards et les feux d’artifice illuminent le ciel de Patna. Pollution, bruits, lumière, temple, beauté et saleté, ça y est, nous sommes en Inde et de plus au Bihar.

 
derniers achats dans la rue, fanfreluches, décorations, bougies

ou bien or, pierres précieuses pour la femme de sa vie ?