vendredi 20 octobre 2023

L’association Guria India.

Vendredi 20 octobre 2023



Grâce à notre discussion hier avec Céline, une infirmière qui tient un dispensaire à Bénarès, nous allons voir l’association Guria India qui s’occupe aussi des questions de trafic sexuel sur Varanasi.

Le rickshaw trouve assez facilement une maison dans une petite ruelle. On nous fait entrer, visiblement la maison est bien surveillée et Mi me fait remarquer les caméras video.

Nous commençons à dire pourquoi nous sommes ici, nous attendons un peu dans l’entrée, puis on nous fait entrer dans le bureau du directeur. 

Dans le couloir des piles impressionnantes de dossiers prêts à partir en Cour de Justice et il faut se faufiler entre les piles pour entrer dans le bureau. Il arrive, en coup de vent, sans même se présenter, nous commençons à discuter. Il ne pourra pas rester longtemps car il a une crémation, et nous, devons prendre le déjeuner avec le Dr Tulsi à 13 h au centre Deva.

Pas de langue de bois, il va droit au but, il est là pour s'occuper de sauver des enfants et faire punir les trafiquants. C'est, après la drogue, le deuxième fléau dans le monde et on commence seulement à en parler

Une petite introduction pour se présenter rapidement et nous comprenons vite que ce travail de sauvetage des filles est toute sa vie, il est marié avec une femme de la même envergure, et leur fille a accepté les conditions de vie drastiques que lui font mener des parents militants, cible de nombreux opposants, que ce soit du côté du gouvernement, de la police, de la justice ou de la mafia des trafiquants. A savoir qu’elle ne sort jamais seule, qu’elle a été à l’école jusqu’à la primaire mais qu’ensuite elle a tout fait à la maison, par internet ou avec des professeurs particuliers. Elle prépare un diplôme en chant classique, et chante pour les enfants (kidnappés puis récupérés) de l’école que ses parents ont mis en place et que nous irons voir demain.

De 10 h à 11 h environ Ajeet le directeur nous explique l’action de Guria et comment il se bagarre pour récupérer des filles victimes de ce trafic et qui se retrouvent prostituées dans différents endroits de l’Inde, les trafiquants déplaçant les filles dans des lieux dont elles ne connaissent ni la culture ni la langue. Elles viennent du Népal et du Ouest-Bengale principalement. Il nous explique le système pour faire passer facilement la frontière aux filles népalaises sans qu’elles soient contrôlées, et pour la plupart des autres, c’est une connaissance ou un « bureau de recrutement » qui vient leur proposer un travail bien payé dans une grande ville. L’attrait de l’argent que va pouvoir gagner la fille et dont ils auront des retombées, éloignent tous les soupçons, s’ils pouvaient toutefois en avoir. Les filles sont déplacées sur Mumbai, Goa, Hyderabad, le Tamil Nadu.

Le gros problème est l’après. Lorsque l’association arrive à récupérer et sauver des filles, elle les met à l’abri jusqu’au procès, ce qui peut durer des mois ou des années, le procès n’étant intenté que si l’association est certaine que les trafiquants auront une lourde peine de prison et ne pourront plus récupérer les filles. Pour les filles il est difficile de retourner à la maison à cause de la mentalité qui fait que l’opprobre rejaillit sur toute la famille si on sait que la fille a été une prostituée. De nombreux parents rejettent leur fille. Si les parents acceptent la situation et sont solidaires de leur fille, toute la famille est alors protégée, sinon l’enfant est placé dans une maison d’accueil.

Une fois Ajeet parti, c’est un de ses collègues qui nous commentent un document sur ordinateur qui explique tout le travail de l’association. Pour les personnes intéressées nous avons pu enregistrer les conversations. Nous pouvons également indiquer des liens pour des documents sur internet sur demande.

Nous partons à midi 30 et nous arrivons pile à 13 h au centre Deva du Dr Tulsi grâce aux feux verts bien coordonnés tout le long du chemin !

Nous continuons la discussion avec le Dr Tulsi, psychiatre, qui nous donne encore d’autres éléments de réflexion et qui se dit prêt à collaborer avec des ONG internationales qui s’occupent du sujet.

Cela fait des années que je connais le Dr Tulsi qui fait un travail admirable avec les enfants et les adultes handicapés mentaux. Voir le site : https://deva-europe.org/

Rude journée... heureusement le Gange est là. Nous n'avons pas faim après tout ce que nous avons entendu... une pomme et au lit !

Les petites bougies de l'espoir sont toujours là sur le
fleuve, même coincées entre les barques...


 

 

Les grands arrangements pour touristes au temple de Shiva à Bénarès

 Voir auparavant l'article publié le 28 mars 2019 sur le nouveau plan d'embellissement qui détruit les vieux quartiers de Varanasi entre le temple du Népal et le temple d'Or ou Vishwanath Temple

 Après notre rencontre passionnante avec une association de Bénarès qui se consacre uniquement au problème du trafic des filles et de leur sauvetage (le compte-rendu est en cours de rédaction), nous décidons avec Mi d'aller voir ce que sont devenues toutes ces maisons massacrées il y a quatre ans pour que les touristes puissent aller directement du Gange au temple d'Or.

Nous arrivons dans le nouveau quartier du temple, entièrement dégagé, après démolition de 678 maisons et de toutes ces ruelles minuscules et bourrées de boutiques diverses. Pour cela voir mon blog en avril 2019 qui montrent ces démolitions depuis le Gange jusqu’au temple. Maintenant tout est magnifiquement aménagé, propre, organisé et il est impossible de reconnaître le quartier. Vous pouvez voir encore sur le lien de Vikipedia une ancienne photo montrant une de ces petites ruelles si typiques du quartier.

Voici donc maintenant cet aménagement grandiose, bien aménagé (avec de belles toilettes !), une galerie marchande et de quoi accueillir une foule dense !

 

la belle galerie marchande

il reste encore des petits bouts de ruines qui traînent
sur les côtés


l'arrivée sur le Gange est assez grandiose !

ainsi que l'arrivée sur le temple d'Or

la promenade est parsemée de quelques temples
sauvés de la démolition


l'arrivée sur les ghats montre une belle esplanade bordant
le fleuve, dégagée et très propre


Nous revenons ensuite à la maison en longeant tous les ghats où le monde se presse car il est bientôt l’heure de l’arati, les grandes cérémonies d’offrande des éléments (eau, feu, air, terre) à la déesse Ganga. 

 

tous les soirs la foule des touristes se presse pour
les différents aratis qui ont lieu sur les ghats


Nous avons, en plus de la foule, quelques difficultés pour avancer à cause de tous ceux qui travaillent à débarrasser les escaliers de leur gangue de terre apportée par le fleuve lors de la mousson.

 

et lui travaillait juste en dessous de notre logement
jusqu'à plus de 22 heures pour dégager toute la
boue accumulée par la dernière crue de mousson
Photo Mi


Ils dégagent des tonnes de glaise à coup de puissants jets d’eau et il faut arriver à traverser tous ces petits ruisseaux pleins de terre, s’en mettre plein les chaussures en éviter de glisser, alors que Mi s’est fait cirer les pompes juste avant ! (au sens propre!)

 Le soir jusqu’à 20 h la circulation sur la Gange est infernale, les barques à moteur pétaradent, les gros bateaux à étage qui emmènent des groupes parfois énormes, passent illuminés comme des arbres de Noël, parfois avec de la musique à bord et même des feux d’artifice.

Les ghats sont un vrai boulevard, pour les jeunes indiens du quartier qui se défoulent, pour les touristes babacool qui jouent de la musique, pour les autres qui font du yogamobile à savoir qu’ils sont assis sur les marches et passent leur temps à regarder leur téléphone. C’est la nouvelle méditation au bord du fleuve...

photo Mi

 


mardi 17 octobre 2023

Après la pluie, le beau temps

Ce mardi 17 octobre, nous sommes au grand temple à 6 heures du matin, là où il se passe toujours quelque chose !
l'arrivée au petit matin au grand temple
Effectivement, nous n'avons pas commencé notre circumambulation (tour qu'on fait en tournant dans le sens des aiguilles d'une montre autour du temple principal) que nous entendons gronder, les nuages virent au noir et la pluie commence à tomber. Nous nous précipitons doucement, à cause du sol en marbre qui, mouillé, est un vrai toboggan, vers une zone abritée déjà fort occupée.

On se croirait presque dans le métro du matin sauf que là ce ne sont quasiment que des moines. 

 

Nous attendons tranquillement la fin de l'ondée, nous reprenons notre tour pendant que certains commencent à balayer l'eau de partout afin que toutes les communautés présentes puissent s'asseoir et chanter. 

 

Quelques images d'après la pluie, puis la reprise des mantras une fois que tout a été balayé, séché, les plastiques ajoutés, les tapis remis. 

 

Après la pluie...

Les moines se sont tous réinstallés par pays (et par couleur aussi !)

 
Une femme distribue des enveloppes
avec de l'argent à chaque moine

Chacun a eu droit à une boite de gâteaux donnée par une des communautés. Sont représentés le Sri Lanka, la Thaïlande, la Birmanie (des petites nonnes très jeunes tout en rose), la Corée du Sud, l'Inde bien sûr, le Vietnam. 

 

En Birmanie, tous les enfants de moins de 18 ans, filles et garçons doivent
faire un séjour en monastère pour leur éducation.


Nous nous disons que les boites de gâteaux iraient mieux dans l'estomac des enfants tout nus qui dorment sur le trottoir tout autour du temple. S'y presse une quantité de familles logeant juste sous une toile coincée par de grosses pierres, parfois sans rien du tout ; et là, oui, c'est difficile d'accepter cette immense dénuement face à tout ce que nous voyons dans le temple, les énormes coupes de fruits, les kilos de paquets de biscuits, les magnifiques bouquets de fleurs. 

Un petit garçon ramassant les déchets plastiques
et carton pour les revendre.
En France au moins 2822 enfants dont 700 de moins de 3 ans
sont dans la rue aussi !
 

Nous laissons les chants et les divers rituels de chaque communauté pour aller voir une Française, Dominique, qui s'occupe d'une école juste à côté de notre guest-house. C'est une toute petite école de quartier, mais Dominique n'est plus là, elle est dans une nouvelle école un peu plus loin. Nous trouvons un magnifique immeuble tout neuf avec 730 élèves en train de passer leur examen trimestriel. Nous discutons avec les responsables sur le modèle éducatif dans cet état du Bihar, le plus pauvre de l'Inde, où un enfant est kidnappé toutes les demi-heures ! (oui, nous avons bien fait répéter plusieurs fois tellement ça nous semblait ahurissant !). Ces enfants servent d'esclaves que ce soit pour le travail dans des ateliers divers (fabrique de bracelets, de masques), soit pour le trafic sexuel, soit éventuellement pour leurs organes. Et là, le directeur nous confirme exactement la même chose que pour le Jharkhand : aucune famille ne porte plainte pour les disparitions à la police, les parents supportent et ne disent rien à cause de la peur, des représailles possibles et tout particulièrement si ce sont des filles qui disparaissent.

Une fois de plus nous voyons que l'éducation est un moyen magistral pour pouvoir sortir de cette pauvreté. En exemple, un jeune homme après avoir terminé ses études supérieures devient soutien de famille (ce qui sous-entend une bonne douzaine de personnes). Dans cette école, tout est gratuit, de l'uniforme aux livres, et 44 enseignants se distribuent les cours. Comme pour l'école du Jharkhand la notion de conseil est importante, les jeunes n'ayant aucune idée des matières à choisir pour faire tel ou tel métier.

Une des classes où les élèves, mélangés par niveau
pour ne pas copier sur le voisin, passent leur examen


Nous prenons le café, absolument délicieux me dit Mi, (qui confirme !) et un excellent porridge (pour moi !) dans la guest-house construite grâce à Dominique. Elle nous explique qu'elle a maintenant besoin d'argent pour faire fonctionner l'école et qu'elle va créer une école payante également, pour ceux qui le peuvent, qui subventionnera l'école gratuite. C'est une femme formidable que nous venons de rencontrer...

Surtout allez visiter son site : https://shantindia.org/

vendredi 13 octobre 2023

La journée internationale des filles à Bahoranpur

vendredi 13 octobre Hazaribagh

Hier nous avons visité le nouveau centre informatique à Palkot près de Gumla. Nous allons découvrir aujourd’hui celui de Bahoranpur, près de Hazaribagh. C’est là, que durant la période du covid très dure en Inde aussi pour tout le monde, Birendra obtient le prêt d’un champ par le maire du village. C’est là que se tiendront les filles qui arriveront par centaines pour suivre des cours, continuer leur scolarité, éviter le mariage forcé ou la vente par leur famille à des « bureaux de placement » peu scrupuleux qui soudoient souvent un membre de la famille pour attirer plus facilement la fille.

Ces jeunes filles seront choisies en fonction de leur couleur de peau et de leur beauté, soit pour la prostitution, soit pour être femme de ménage dans une famille maltraitante de toute façon. Elles vivront la plupart du temps dans un milieu très éloigné de leur famille avec une langue différente pour qu’elles perdent leurs repères et soient plus dociles. La maltraitance est un moindre mal par rapport aux tortures et aux viols que certaines sont obligées de supporter. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

Aujourd’hui, toutes ces jeunes filles vivant dans cette école, ont signé un contrat de non mariage tant que leurs études ne seront pas terminées… et elles envisagent parfois de les prolonger assez longtemps, aider par un conseiller également professeur, arrivé depuis quelques mois, avec un bagage professionnel conséquent.


Toute l’équipe met en place l’espace de spectacle dans le nouveau collège en cours de construction, avec les ouvriers qui sont en train de continuer leur travail derrière les rideaux !

Le nouveau collège en construction en pleine nature


Tout un groupe important a préparé danses de toutes sortes, ethniques, traditionnelles mais aussi style Bollywood et nous sentons bien tout le plaisir qu’elles ont pris à préparer soigneusement leur costume et leurs enchaînements ! Les maçons eux, sont ébahis et viennent regarder le spectacle, un peu ahuris de l’aplomb de ces jeunes filles. Des petites scènes de théâtre montrent la disparité de traitement entre filles et garçons, l’enseignement traditionnel semble être mis à rude épreuve aussi car il y a de bonnes tranches de rire, tant sur la scène que dans le public !

l'assistance, très attentive !

 
le sari n'empêche pas une danse endiablée !

danse en costume tribal traditionnel
 

Un repas est ensuite servi pour tout le monde et nous devons faire face avec Mi à une demande invraisemblables de selfies !


jeudi 12 octobre 2023

Le Jharkhand et les filles disparues dans le district de GUMLA

Indépendamment de mon intérêt pour le soutien à l’éducation des filles, je suis particulièrement intriguée par leur disparition dans cet état. Cela fait des années que l’association indienne NSVK créée par Birendra, avec lequel je suis en lien depuis 2007, agit pour l’éducation des filles. Cela vise à éviter les mariages précoces ou la vente des filles du fait de la pauvreté et donc leur disparition. Le confinement a renforcé ce mécanisme d’où la création d’une nouvelle école pour les jeunes filles de 15 à 18 ans dont je parlerai plus tard.

Au bout d'une quizaine de kilomètres de mauvaise route et de piste, nous voici à Divgaon


Nous partons dans un petit village perdu dans la campagne, Divgaon. Nous y rencontrons d’abord une femme, Parfulla Tirkey qui nous explique que sa nièce est partie depuis trois ans au Tamil Nadu, état du sud-est de l’Inde, à plus de 2000 km de distance. Appelée par une connaissance pour y trouver du travail, elle n’a jamais donné de nouvelles. Dans ce village trente filles en cinq ans sont parties ; personne n’a de nouvelles.

dans la maison de Parfulla


Nous allons dans un autre village, Banadega, au bout d’une route minuscule, puis d’une piste, nous arrivons sous un gros arbre, magnifique pipal, où est installé le lieu de rencontre et de discussion pour le village. Quelqu’un sonne la cloche et les habitants arrivent. D’un côté, les femmes, avec leurs petits, de l’autre les hommes. Birendra et Lalit, travailleur social de l’association qui s’occupe de ce secteur, annonce le pourquoi de notre visite, le sort des filles qui nous préoccupe. Puis nous posons nos questions. Ces femmes tribales sont quelquefois hardies et pleines d’assurance et nous raconte avec le sourire, la disparition de leur fille (mais qu’est-ce qu’il peut se cacher derrière comme sentiments ?) Pour l’une sa fille est partie il y a déjà dix ans laissant deux enfants de 4 et 6 ans et son mari. Aucune explication. Aucune nouvelle.

le bel arbre du village lieu de réunion
les femmes s'installent sous les branches du pipal


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une autre se lève et nous dit que ses filles de 15 et 16 ans sont parties il y a deux ans à Delhi pour trouver du travail. Pas de nouvelles.

D’autres femmes sont très timides et à nos questions nous sentons que, pour elles aussi, une de leur fille est partie ou bien une fille qu’elles connaissent. Les émotions sont lisibles sur leur visage qui se transforme mais elles n’osent pas prendre la parole. Une autre est tellement émue qu’elle ne peut plus parler. Rien que dans ce village, il est troublant de voir le nombre de disparitions, soit clairement avouées, soit non-dites mais il y a de nombreux signes de tête qui disent : « oui, moi aussi ». Nous n’avons malheureusement pas le temps d’approfondir.

Lorsque nous demandons si des personnes parties sont revenues, personne du côté des femmes, mais dans le groupe d’hommes, un se lève. Il raconte être parti se faire embaucher sur les chantiers de construction à Goa, sur la côte ouest au sud de Bombay. Il n’a pas averti qu’il partait. Mais au bout de quatre mois il est revenu pour cultiver la terre dans son village. Il n’a pas pu supporter les conditions qui lui étaient imposées : il couchait dehors sur un matelas, pas de toilettes, traité comme un esclave et parfois torturé par le chef, salaire de misère. Alors on se dit que pour les femmes, qu’est-ce que cela peut être ?

la population du village qui est intéressée par le sujet de la disparition des filles


Lorsque nous posons la question si toutes ces familles ont fait un signalement de disparition à la police, aucune n’a fait ce type de démarche. Pourquoi ? Une femme répond en souriant avec un signe de la main bien compréhensible : « ils demandent de l’argent ». Et chacune d’approuver. La corruption règne en maître, et eux sont tellement pauvres qu’ils ne peuvent pas se permettre de payer pour signaler une disparition. De toute façon, leur demande sera vite oubliée.

Et si par hasard les policiers ne sont pas vénaux, ils posent tellement de questions personnelles auxquelles ils ne savent pas répondre, que tous ces villageois préfèrent vivre en paix sans rien signaler, restant avec leurs interrogations.

Bien sûr, avec notre mentalité occidentale nous nous demandons comment toutes ces filles, n’ayant vécu que dans un minuscule village, bien entourées, peuvent partir ainsi sans savoir ce qui les attend, ni ceux qui les attendent… dans une parfaite ignorance de la grande ville et une naïveté incroyable.

Il y a le fait que lorsqu’une connaissance leur dit que leur fille peut trouver du travail à l’autre bout du pays, la famille fait confiance de toute façon. Elle ne pose aucune question et se fie d’emblée à cette personne. Mais ce que nous apprend Birendra c’est que derrière il y a tout un réseau de trafiquants, qui paie la personne qui va contacter la famille. Et lorsqu’on est pauvre on ne va pas rechigner sur 10 mille roupies soit environ 110 euros pour une invitation à faire.


D’autre part, dans ces villages du bout du monde où il n’y a plus d’école (le premier ministre qui avait pourtant promis une école tous les kilomètres en Inde, a fait d’énormes regroupements et il faut faire parfois 15 km pour trouver un établissement scolaire dans cette région), où la pauvreté et la malnutrition règnent, il est normal de laisser les enfants tenter leur chance avec l’espoir d’une aide financière en retour pour eux.


L’association a mis en place un « informateur » chargé de relever toutes les renseignements possibles concernant ces disparitions dans les différents villages.


N’y aurait-il pas une résonance avec certaines de nos histoires familiales avec nos arrières-grands-parents, partis de leur village sans donner de nouvelles, pour trouver un travail et de l’argent dans un autre pays, comme la France ?

 

mercredi 11 octobre 2023

GUMLA

De l’aéroport de Ranchi où nous attend Birendra, son chauffeur et sa voiture connectée, nous allons d’abord vers le sud à Gumla à environ 90 km.

En traversant Ranchi qui est la capitale du Jharkhand, nous passons dans la zone administrative : il y a maintenant une Cour de Justice grandiose et un Parlement tellement immense qu’on dirait le Capitole. Birendra nous précise que c’était auparavant une grande zone agricole d’environ 30 km² habitée par des tribaux et qu’en 60 ans deux cent mille familles ont été déplacées, ce qui fait environ un million d’habitants.

Quand on voit qu’en France certains sont prêts à donner leur vie pour sauver des arbres, en Inde il n’y a aucune politique de sauvegarde des terres agricoles, et encore moins de sauvegarde de la population surtout tribale.

Et bien sûr, toutes ces constructions vont de pair avec les destructions d’habitations pour construire une belle autoroute qui va du Jharkhand jusqu’à Mumbai. Mais attention qui dit autoroute indienne dit bien sûr péage, mais aussi troupeaux de buffles qui la traverse au soleil couchant, enfant qui traverse en courant, traversée de village avec tracteur à contre-sens, etc.


Nous sommes accueillis dans un centre de formation qui jouxte une grande école privée tenue par les Jésuites. Je connais déjà les lieux et il y a là un joli petit musée dédié aux peuples tribaux. On voit ci-dessous le mur décoré qui ceint le musée.


 

Nous rencontrons le directeur du centre, un père jésuite impliqué fortement dans l’accueil des migrants. Ici ce ne sont pas des Africains qui débarquent mais ce sont les Indiens qui migrent. Pour de multiples raisons, mais la première est la pauvreté et la malnutrition. Croire que c’est toujours mieux ailleurs et que l’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin. Mais il faut reconnaître qu’au Jharkhand l’herbe est plus sèche qu’ailleurs ; 63 % des femmes ici sont anémiques et la mortalité infantile est énorme. Les dernières statistiques de mortalité infantile au Jharkhand entre 2019 et 2021 (mortalité avant 5 ans) est de 54,3 sur 1000 naissances vivantes.


Le père jésuite nous dit qu’il fait partie d’un réseau de Jésuites qui s’occupe de cette question de migrations et déplore qu’il n’y ait aucun relais à l’international au niveau des ONG qui pourrait les aider.

Je donne les références de l’association : Migrant Assistance and information Network (MAIN)

Indian Social Institute, 10, institutional Area, Lodhi Road, New Delhi, 110003

tél : +91-11-46039622 – e-mail : info@mainindia.org - www.maindindia.org


 

Nouveau départ !

Parties de LYON Saint- Exupéry à 11h 35 par le TGV jusqu'à Roissy, nous avons largement eu le temps mon amie Mi (oui, elle s'appellera ainsi ça ira plus vite...) et moi de bien rire sur toutes les petites secousses d'imprévu que nous avons eu en cours de route. A Roissy, les cartes d'embarquement se font maintenant uniquement par la machine. On en passe une, puis deux... rien ne passe, on change de lieu et on recommence, rien ne passe... ah ! il y a un bogue ? Il faut faire la queue au seul guichet qui fonctionne avec un être humain ? Nous faisons la queue. Ah ! le circuit informatique vient de boguer ? Il faut refaire la queue devant les guichets de dépose des bagages pour obtenir nos cartes ? Nous faisons la queue (bis). Arrivées devant le guichet et une jeune personne adorable et souriante, elle nous annonce que nous n'avons pas de place ! nous n'osons pas éclater de rire, ça ne serait pas sérieux. Il faut juste ré-initialiser le système que lui dit le chef qui passe... Et voilà comment nous avons appris que cette jeune femme travaillait pour plusieurs compagnies, ce qu'elle trouvait très intéressant car les façons de travailler étaient différentes pour chacune. Et qu'à force de faire des cartes d'enregistrement, elle aimerait bien elle aussi s'enregistrer pour partir quelque part... Oui, nous avons eu le temps de faire la causette et c'était très sympa en attendant que le carrousel qui emmène les bagages daigne se remettre en route. Malgré la queue qui s'allongeait derrière nous.

Embarquement, départ une demi-heure en retard, installation. Le diner est servi à 23 h mais je dormais déjà. Par contre j'ai quand même pris le croissant glacé à 3 h du matin à cause du décalage horaire.

L'écran du siège... ça aide à comprendre qu'il va falloir aller se coucher... enfin, fermer les yeux !

 

Mais avec Air India, fini le dépaysement du départ où il y a vingt ans on entrait dans un avion décoré comme un palais de maharajah et où nous étions servis par des déesses en sari soyeux. Plus de masque pour les yeux, plus d'écouteur personnel, plus de serviette chaude et humide pour se réveiller avant d'arriver. Les économies sont de partout pour faire des billets encore plus chers. Quand je me suis levée dans la nuit et que j'ai vu tout ce troupeau endormi, serré comme des livres dans une bibliothèque universitaire, les jambes engourdies et douloureuses de ne pas pouvoir s'étendre, bien folle suis-je pour avoir encore envie de prendre l'avion... Mais que ne ferais-je pas pour retourner en Inde, mon deuxième chez-moi !

Arrivée, visa tamponné, nous allons refaire la queue pour prendre un vol intérieur de Delhi à Ranchi. A l'aéroport de Delhi, tout est informatisé aussi mais là, tout marche... les cartes d'enregistrement, l'envoi des bagages et le sourire du personnel.

Puis comme des somnanbules nous prenons place dans le long millepattes qui se forme devant le comptoir 44 pour Ranchi. Petit bout par petit bout se scinde ce corps tortillard. Nous montons dans un bus qui nous emmène au fond du terrain pour trouver notre avion. 


 

Nous grimpons à l'ancienne par des passerelles. Il fait 30° et nous continuons notre périple indien.

Dans l'avion, le monsieur à côté de moi me demande si je vais à la Yogada Satsanga association, dont le maitre a été Yogananda Paramahamsa, l'auteur de Autobiographie d'un yogi. Qui peut bien aller à Ranchi ? sinon pour faire de la méditation... Mais non, je n'allais pas lui dire que je m'intéressais à la question cruciale du trafic humain et en particulier des filles, dans cet état du Jharkhand.