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vendredi 21 octobre 2016

Intégration ou comment sauter sur une autre planète


Comment ne pas souffrir du décalage horaire ? Comment se couler dans la vie du pays avec souplesse et curiosité ? C’est ce que nous avons vécu à notre arrivée à Yangon (oui, ici Rangoun c’est Yangon) grâce à notre jeune guide birmane Moh.
A peine sortis de l’aéroport que nous voilà grimpés dans le RER local, un petit train circulaire utilisé par la population locale. 

circuit du train local qui fait le grand tour de la ville
Quelques stations seulement mais nous avons eu un aperçu de la vie quotidienne : là un épi de maïs pour votre déjeuner ? 

ma voisine vient d'acheter un épi de maïs
Un petit paquet de cinq œufs de caille à 200 kyats (0,16 €) ? 

le petit vendeur d'oeufs de caille attend l'arrêt du train pour
aller dans le wagon à côté
Ou bien des confiseries dans des corbeilles d’osier ? Voilà le vendeur de béthel qui passe tartinant des larges feuilles fraîches de différents produits pour ensuite tout replier dans la feuille pour que vous la mettiez dans la bouche pour la mâcher.
le vendeur de béthel (les photos sont informatives... ça bouge beaucoup dans le
train !)
Et cet homme au chapeau de bambou ? c’est l’herboriste qui vend ses herbes médicinales.
L'herboriste qui change de wagon
Dans le train, vous pouvez donc aller au restaurant, faire vos emplettes à l’épicerie et prendre vos médicaments à la pharmacie, tout ça dans un wagon…
Les gens autour de nous ont plaisir à nous parler en utilisant leurs quelques mots d’anglais. Moh, notre guide nous donne des informations sur la vie au quotidien. Et c’est le moment de quitter le train, notre bus nous attend à la sortie pour nous emmener vers des lieux plus célestes.
c'est ici qu'on descend !

mercredi 4 mars 2015

Histoire de train


Le 4 mars 2015
Le train Rewa-Indore Express est prévu à l’heure sur le quai n° 2 de la gare de Vidisha. Quelle chance ! Un train prévu à l’heure ! Je m’inquiète de la position de mon wagon, le C1, par rapport au quai et bien sûr j’ai trois réponses différentes. Je vais donc assurer le milieu.
Sur le quai un jeune futur ingénieur vient tester son anglais en me posant les questions habituelles : d’où je viens, quel âge j’ai, si je suis mariée, si j’ai des enfants. Passé la surprise et, je le sens, l’incompréhension de mon plaisir à voyager seule(1), il me demande comment en France on reconnaît qu’une femme est mariée. Non, en France on ne met pas du kumkum (poudre rouge) dans la raie des cheveux comme les hindoues, non pas de bracelets, pas de boucles d’oreille, dans le nez non plus, quoi que, s’il voyait les piercings…
On parle technologie, vitesse de train, et son projet de rejoindre ses copains à Bhopal pour fêter Holi le 6 mars. Holi est semblable à notre carnaval, la fête du printemps et du renouveau. On s’amuse à se jeter des poudres de couleur partout, à boire avec les copains, à toucher les filles. Ce jour là tout le monde est à égalité, plus de castes, plus de supérieur. Mais pour une occidentale mieux vaut ne pas sortir si on n’est pas accompagnée ou si on veut protéger sa peau de tous les produits toxiques envoyés…

(1)   A Aurangabad, avec une population musulmane pour 60 %, un groupe de jeunes musulmans m’a demandé pourquoi je ne me faisais pas accompagner par mon frère ! Car bien sûr il était évident pour eux que j’avais un frère (les musulmans ont tous des familles nombreuses) et que si le mari n’est pas là, c’est le frère qui doit accompagner sa sœur car on ne laisse jamais une femme sortir seule. Là visiblement, ils étaient plutôt traditionalistes car depuis 30 ans que je voyage en Inde c’est la première fois qu’on me pose cette question.

Je reviens à mon train que j’attends. Le train n’est déjà plus à l’heure depuis longtemps. Un long hurlement et un train passe à toute allure dans la gare, vrombit en faisant trembler le quai. Bizarre comme dans la campagne ces trains vont si lentement et que pour traverser les gares où c’est dangereux, ils mettent le turbo ! Dix minutes après, même chose… C’est donc que ces deux trains avaient du retard et que le mien a dû attendre quelque part pour les laisser passer.
Sur le quai en réfection des ouvriers attachent de nouveaux panneaux indiquant les emplacements des wagons lorsque le train s’arrête. Si mon train attend qu’ils les aient tous placés, j’ai de quoi attendre encore quelques heures à l’allure où ils vont. Dans les grandes gares, ce sont des panneaux électroniques (quand ça marche) car les trains sont tellement longs qu’il est prudent de se positionner au bon endroit. Comme pour le TGV quand vous êtes dans la voiture 18 au bout du quai, mieux vaut prévoir.
accrochage des panneaux pour la position des wagons à la gare de Vidisha
Après une heure et demie de retard, le voilà enfin et je vois le wagon C1 qui est dans les premiers… Je file vite car il n’y a que deux minutes d’arrêt. Mais la première porte du wagon est fermée à clé pas de chance, je file à l’autre bout mais c’est pareil… je reviens à la première, toujours close et le train va partir. Je monte dans le wagon suivant en tirant mon sac à toute vitesse. Franchement, le chef du wagon aurait pu regarder sa feuille de route pour savoir qui montait dans cette gare. C’est parce que c’est un wagon climatisé et pour éviter que n’importe qui monte, car le prix est plus cher dans celui-ci, les portes restent fermées et crochetées de l’intérieur… En plus au lieu de contrôler tout de suite mon billet, c’est quand je viens juste de m’endormir qu’il vient me tapoter le bras pour venir vérifier…

On file vers l’ouest et le soleil couchant est d’un rouge vif comme je n’ai jamais vu. Le ciel se décline dans tous les tons du violet au rose et c’est magnifique.

Arrivée à Ujjain avec seulement trois quarts d’heure de retard, comme c’est une grosse ville de pèlerinage, pas de souci pour trouver un hôtel à côté de la gare. Chance il a un bon restaurant végétarien. Pas de chance il est en travaux, ma chambre est neuve et jolie mais pas terminée, pas de chaise et absolument aucun crochet nulle part pour suspendre quoi que ce soit. Et le marteau piqueur à 11 heures du soir ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour s’endormir. Je rêve du manège enchanté…

lundi 2 mars 2015

Dessin : gare de Bhopal

J'aime bien arriver à l'avance dans les gares, cela me permet d'être tranquille, même s'il y a peu de chance que le train soit vraiment à l'heure... et j'ai le temps de dessiner. Là le train était déjà en gare et j'ai pu m'installer tranquillement dans mon compartiment, à l'aise avec mes crayons et sans avoir une foule de gamins autour de moi !
à la gare de Bhopal
bon d'accord c'est un début, mais l'essentiel est de se faire plaisir n'est-ce pas ?


Vidisha


Vidisha n’est pas une ville « branchée ». Pas de wifi, d’internet, de cyber café. Déjà la seule occidentale dans le train entre Aurangabad et Bhopal, je me retrouve quasiment seule dans le wagon indiqué FC sur mon billet et où j’ai mis quelque temps pour me rendre compte que cela signifiait "première classe". La différence entre la première et la seconde classe, c’est le prix. En seconde on s’entasse, en première on prend ses aises.
tranquille dans mon compartiement de première classe !
Arrivée à 9 heures du matin à Vidisha, je cherche un hôtel près de la gare. A la sortie c'est déjà le choc, grand-mère que tu as de grandes dents ! c'est pour mieux te manger mon enfant ! Temple on ne peut plus accueillant...

Un rickshaw me propose un hôtel mais qui est en réparation. Et là il me laisse tomber en me demandant quand même 20 roupies pour les 200 mètres parcourus. Les hôtels suivants refusent de me donner une chambre, visiblement recevoir une étrangère c’est aussi beaucoup de paperasse et ils n’ont je suppose qu’un niveau de chambre inacceptable pour une occidentale ou tout simplement pas d'autorisation pour recevoir les étrangers. J’arrive finalement dans celui où j’aurai dû aller tout de suite tellement le panneau d’affichage en face de la gare était grand.
Je n'aurai pas dû chercher plus loin.. C'était cet hôtel qu'il me fallait !
les trois hauteurs de vitres au 1er étage, c'est ma chambre
et pour être claire elle est claire !
Belle grande chambre, vaste et claire donnant sur la rue animée par les marchés aux légumes et aux fruits. Et vraiment animés encore à 22 h 30 pour réussir à vendre le dernier kilo d’oignons et le reste de choux-fleurs.
Beau grand prix aussi plus cher qu’à Delhi… Faut pas pousser ! J’arrive à faire baisser le prix à mille roupies mais si je veux moins cher j’aurai une chambre sans lumière du jour. Choisissons donc toujours plus de clarté, même s’il faut la payer !
les fruits et légumes sous mes fenêtres...
Petit tour dans la ville, le fort qui surplombe est fermé le lundi, sinon ouvre de 10 h à 17 h. On y a une belle vue panoramique et on y trouve un tombeau musulman et un petit temple hindou à Durga. 
Face au tout petit taureau Nandi, le mausolée musulman au sommet du fort
D'en haut du fort, belle vue panoramique et vent favorable pour l'envol des cerfs-volants
Sinon, rien de spécial. Comme partout ça klaxonne, comme partout il y a des vaches dans la rue qui essaient de happer au passage quelques légumes avant de se faire sortir à coup de bâton. 

c'est toujours amusant de voir comment les vaches perturbent la circulation !
Les boutiques sont installées par corporation ou type de métiers et dans la rue suivante il y a tout pour le bâtiment, réparer sa maison, installer ses toilettes. Pratiques ces regroupements pour comparer, choisir et faire ses achats groupés.

au passage à niveau, tous types de véhicules
J’arrive au passage à niveau, fermé. Une des caractéristiques indiennes est de vouloir passer là où on ne peut pas, là où c’est interdit (comme en sens inverse sur l’autoroute, c’est d’un banal ici !), là où c’est dangereux, et c’est souvent les trois à la fois. Bref, ne jamais prendre le temps d’attendre. Cela donne un spectacle assez ahurissant de contorsionnistes qui veulent à tout prix passer sous la barrière du passage à niveau avec leur moto, leur vélo, leur scooter, leur charrette de légumes. Et c’est pour cela que les locomotives arrivent dans les villes avec leurs longs rugissements qui semblent dire : j’arrive, poussez vous vite !

le respect des passages à niveau fermés en Inde...
et la traversée des voies dans les gares au lieu de prendre la passerelle...
A la gare, je regarde avec attention une vidéo qui présente la dernière nouveauté écologique : la bio toilette dans les trains (mais lesquels, et quand ?). Du coup d’autres personnes regardent aussi, c’est bien.
La prévention est vraiment obligatoire pour ces nouvelles toilettes car on jette tout dans les actuelles du fait que le trou donne direct sur les voies, comme nos trains d’avant (oui, quand j’étais petite c’était pareil !). Les bio toilettes ont un bac de récupération, donc plus de saletés sur les voies ou qui reste accrochées au train, et ça se recycle. Encore mieux que dans les avions.
Un bon point pour ces nouvelles toilettes écologiques mais l’autre nuit, dans le train, j’arrive juste au moment où l’employé ouvrait la portière pour balancer sur les voies tout le contenu de la poubelle qui débordait. Mon air horrifié ne l’a pas intimidé le moins du monde ! On peut se dire qu’après chacun va y retrouver ses petits : les vaches et les cochons pour les ordures, les enfants pour les plastiques et papiers à recycler qui leur font gagner quelques roupies. Là aussi, trouver de grands sacs poubelles qui seraient recyclés seraient une bonne idée.
Dans l’après-midi, promenade en rickshaw à 11 km visiter les grottes de Udayagiri. Toutes petites celles-ci, quelques jolies sculptures, même époque qu’Ajanta, de toute façon les bouddhistes étaient dans toute la région et le grand stupa de Sanchi est tout à côté.
promenade au-dessus des grottes pour la vue sur la campagne avant
quelques gouttes de pluie
Une des grottes avec le taureau Nandi le véhicule de Shiva
Un extraordinaire Shiva lingam avec une tête de femme
belles sculptures sur les montants des portes
les grottes sont petites et fermées à clé pour les protéger
Une grande statue de Vishnu couché sur le cobra
On retrouve les mêmes sculptures, le sanglier avatar de Vishnou et la déesse, mais ici le regard est moins concupiscent qu’à Ellora dans la grotte 14.
dans les grottes d'Udayagiri
et le regard dévorant de l'avatar de Vishnou dans la grotte 14 d'Ellora...!
 Il tombe quelques gouttes de pluie, le rickshaw qui m’a amené n’a pas envie que je prenne le temps de me promener, donc ce sera sans regret car je n’ai rien prévu pour me protéger. Il me propose de continuer la découverte par le pilier de Khambaba. Des inscriptions en brahmi et en prakrit langages très anciens indiquent que ce pilier a été érigé en l’honneur de Garuda, en hommage au dieu Vishnou, par Heliodoros, un Grec habitant Taxila et qui était venu en Inde centrale à la cour du roi Bhagabhadra en tant qu’ambassadeur d’Antiacidas, un roi du Penjab. La colonne est datée de 150 ans avant JC. Il existait effectivement un temple à Vishnou près de la colonne, quatre siècles avant JC.
le pilier khambaba
Retour à l’hôtel en espérant le soleil demain pour Sanchi.

jeudi 5 février 2015

Partir et se perdre

Dans le TGV Lyon-Bruxelles à 20 heures, en route pour Roissy, dans un wagon place 32 où j'ai malheureusement délogé une jeune femme sans place attribuée, qui s'est faufilée sur le siège de devant, et qui, quelques minutes plus tard a dû encore avancer d'un cran...
Je trouve dans le TGV Magazine cette belle phrase de Nicolas Bouvier : "En route, le mieux est de se perdre. Lorsque l'on s'égare, les projets font place aux surprises et c'est alors, mais alors seulement, que le voyage commence...."
Et j'ai bien failli commencer par perdre la tête en passant la porte de sortie du métro lyonnais. Les deux vitres se sont refermées brutalement au moment même où je passais ; les lunettes ont fait un saut de côté, j'ai fait "OOOOOffff" et j'étais là comme perdue. Que s'était-il passé ? Étais-je devenue si immatérielle que le socle du portillon n'avait pas senti mon poids pour me claquer ainsi la vitre au nez ? Petit coup au coeur quand même car fallait-il que je sois dans la Lune... ou une étoile en orbite ?
Autre moment de "perdition" où pour aller aux toilettes de la gare vous devez mettre 0,50 euros dans la fente du portillon, toujours vitré mais trop bas pour se faire coincer le nez une deuxième fois. Pas de monnaie donc je mets une pièce dans l'appareil "changeur" et là j'entends : "bling, bling, bling !" trois pièces de 0,50 € qui tombent dans mon escarcelle. Et là l'esprit perdu : ai-je mis 1 € et j'ai eu un bonus pour faire pipi gratuit ou ai-je mis 2 € et je paie bien cher alors l'élimination de mon jus de citron chaud avidement bu avant de partir ?

Il y a quelques petit mystères qui font que le voyage commence car les surprises sont déjà là.
Je me scrute dans le reflet de la vitre de la rame pour vérifier que je n'ai pas un oeil au beurre noir mais de noire il n'y a que la nuit, zébrée par moment d'éclairs d'un train qui passe en sens inverse.

Autres surprises lues dans le même magazine : deux millions d'euros le prix auquel a été adjugée la chaussure gauche de Mario  Götze, l'unique buteur de la dernière finale de la coupe du monde de football au Brésil. Et celui qui l'a achetée en fait quoi ? C'est un unijambiste ?
Autre nouvelle d'envergure : 80 millions de bactéries sont échangées lors d'un baiser. Et ceux qui les ont échangées peuvent les revendre ?
Et quand on lit ce genre de bêtises, il ne faut pas s'attendre à avoir un niveau de réflexion très élevé...
L'arrivée à la gare de Roissy glaciale et l'attente de la navette pour aller à l'hôtel en plein courant d'air me remettent les idées en place... avant un long déplacement qui m'attend demain direction Chennai, ex-Madras.