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lundi 16 février 2015

Amma, la "sainte" du Kerala


Qu’y a-t-il de plus pressant, de plus intéressant, de plus sentimental, de plus attendu par des milliers de dévots de par le monde que d’être embrassé par Amma, d’avoir comme il est dit dans la tradition hindouiste son « darshan », sa vision, c’est-à-dire pouvoir la voir, être à ses pieds, la toucher, se faire toucher ? Chose incroyable en Inde car aucun sage ne touche leurs disciples en principe, encore moins les embrasse en public. Là, pas de castes, pas de sexes, pas de religions, pas de classes sociales, tout le monde, du bébé de quelques jours au grand-père en fauteuil roulant, passe dans ses bras. Treize millions de personnes y sont déjà passé et jamais personne n’égalera son record d’embrassades car elle pratique quatre jours par semaine quand elle est dans son ashram et tous les jours lorsqu’elle est en tournée, en Inde et dans le monde entier. Cela pendant des heures. Admiration réelle pour cette performance humaine.

Dans le grand hall de l’ashram un écran géant montre en temps réel ses gestes, ses regards, ses paroles, les personnes qu’elle reçoit dans son giron accueillant. Un tour de rôle est également organisé pour chaque résident afin qu’il puisse s’asseoir au moins 30 minutes dans la salle près d’elle.
Tous ceux qui ont pris un ticket ce matin pour pouvoir passer dans ses bras dans la journée viennent à l’heure prévue pour faire la queue et jouer aux chaises musicales : en fond, les musiciens, les chanteurs et chanteuses avec des bhajans (chants dévotionnels) entraînants et toniques, et nous qui sautons de chaise en chaise jusqu’à l’arrivée aux pieds d’Amma. Cela peut prendre dix minutes comme trois heures en fonction des discussions qu’elle a avec les uns et les autres, les Indiens étant très friands pour lui raconter leurs histoires de famille, le temps qu’elle prend à jouer avec les bébés pendant que les papas très fiers les prennent en vidéo, les enfants à qui elle donne de petits livres et qui lui apportent des dessins.
Pleine d’attentions pour tous surtout en début de journée et avec les Indiens de la région, elle passe ensuite la plupart du temps en discussion avec son entourage probablement à régler des questions diverses sur l’ashram, la construction de maisons pour les pauvres ou sa prochaine tournée, qui sait ? pendant que les occidentaux atterrissent la tête sur ses genoux, attendant vainement l’illumination ou l’éclair divin qui pourra anéantir notre ego. Je passe ainsi un bon moment à attendre qu’elle finisse sa discussion avant de sentir qu’elle me murmure trois fois à l’oreille un petit mot gentil et en me glissant dans la main une petite banane et un bonbon entouré d’un papier officiel « prasad d’Amma », ainsi qu’une petite enveloppe marron contenant des cendres sacrées à me mettre sur le front lorsque je ferai mes pujas.
Et me voilà retournant dans le flot des inconnus bénis du jour.
Amma a commencé ce matin à 11 heures, elle va terminer vers 22 heures, ne s’est arrêté que pour ses besoins les plus élémentaires, a été nourrie et abreuvée à intervalles réguliers sans qu’elle s’arrête de recevoir les gens. Nous sommes bien loin de la vie saine préconisée dans l’ashram suivant où il est bon de partager sa vie en trois parties dans les 24 heures pour le sommeil, les activités et la vie spirituelle.
Amma dit qu’elle a des flots d’amour à donner mais parfois on aimerait peut-être en avoir un peu moins mais avec plus d’attention. C’est pour nous parfois un peu difficile à supporter, ne pas être au centre de l’attention ! Mais nous avons eu la chance d’avoir la bénédiction d’Amma dans son fief d’Amritapuri au Kerala, de rester près d’elle dix fois plus de temps que les occidentaux qui viennent la rencontrer en France. Amma, une image de « sainte » assez controversée, mais touchante dans son humanité et qui sait prendre des fous rires délicieux avec des yeux pétillants d’amour.
La vie dans son ashram, pour la « touriste ordinaire » que je représente, m’a fait penser à une immense gare de triage. On y trouve des TGV, des personnes qui viennent faire une « sadhana » ici, une vraie démarche spirituelle et qui passent des mois et des années près d’Amma. On les reconnaît souvent, pour les femmes, au fait qu’elles sont plutôt lumineuses mais maigres… Peu de sommeil quand il faut la suivre dans les tournées, toujours au service et dans les pratiques quotidiennes. Il y a les trains express régionaux, ceux qui ont rencontré Amma, désirent donner un sens à leur vie, et viennent de temps en temps, se raccrochant à des programmes. Puis il y a les tortillards de campagne, ceux, surtout celles, qui passent du bon temps ici, le climat est agréable, la mer à côté, la nourriture bonne et accessible financièrement si on ne choisit pas la nourriture fournie gratuitement par l’ashram un peu épicée pour nos estomacs délicats. Et ces dames se retrouvent sous les arbres à papoter souvent en dégustant leur brownie et leur tasse de thé. Pourquoi pas, c’est toujours mieux que de faire les soldes avec compulsion…
Le gigantesque ashram d'Amma vu de l'autre rive des backwaters (photo Sadat K.)
Le pont qui passe au-dessus des backwaters et qui relie l'ashram situé sur la
presqu'île et la terre ferme, où se trouve la grande université fondée par Amma
(photo Sadat K.)

dimanche 8 février 2015

Tiruvannamalai, le prix du regard

Tiruvannamalai est une petite ville du Tamil Nadu dans le sud-est de l'Inde et est connu pour l'ashram de Ramana Maharshi, grand sage indien. En 1896, à l’âge de seize ans, il défia la Mort au moyen d’une investigation pénétrante sur l’origine de son être. Connu plus tard sous le nom de Bhagavan Shri Ramana Maharshi, il ouvrit une voie directe à la quête du Soi et révéla à l’humanité l’immense puissance de la Colline sacrée d’Arunachala, le cœur spirituel du monde, qui est Shiva lui-même. Etudiez Ses enseignements, allez à la découverte de Son Ashram, et profitez des enregistrements audio et vidéo qui se trouvent ici.
A l'ashram de Ramana, un paon sur le rebord de la grande salle du samadhi
et dans le fond la montagne sacrée d'Arunachala
Donc pour tout vous avouer, c'est un lieu absolument magique, beaucoup de monde s'y trouve actuellement, de nombreux occidentaux bien sûr mais de très nombreux Indiens également. Je n'avais encore jamais vu autant de monde... Mais nous étions un dimanche ce qui s'explique aussi.
Il y a beaucoup de sainteté dans cette petite ville de 145 mille habitants, bien des personnes qui donnent des "darshans" (terme de l'hindouisme qui signifie « vision du divin », « être en présence de la divinité » ou encore « vision de l'idole dans le sanctuaire d'un temple »), il y a des affiches collées un peu partout pour annoncer des stages, la venue d'Untel ou d'Unetelle pour vous faire accéder au divin, un peu le supermarché villageois de la prise de conscience du Soi...
la maison de Sri Siva Shakti Ammaiyar
Après le petit déjeuner nous allons tranquillement à un darshan très fréquenté, celui de Sri Siva Shakti Ammaiyar, dit Amma la silencieuse.(photo de son site)
Pendant une vingtaine de minutes, elle regarde ceux qui sont venus la voir et sentir son énergie (puissante). Elle ne fait que ça, elle arrive, regarde chacun puis s'en va.
En arrivant, une des personnes qui fait partie de son entourage, nous dit, voyant un groupe d'occidentaux, si vous voulez, vous pouvez avoir un darshan privé après. Quelle aubaine ! bien sûr que nous voulons en profiter. Donc à la fin du darshan public, nous montons à l'étage et le monsieur s'approche de nous avec un gros cahier ouvert et nous dit : c'est 4 000 roupies par personne. Ah ? on ne savait pas que c'était payant (à vrai dire on s'en doutait un peu mais quand même pas ce prix là, plus de 60 euros par personne pour voir la dame quelques minutes de plus, ça fait un peu cher la minute, quand même... et je dis à ce cher monsieur que je n'ai pas envie de mélanger l'Amour et l'argent. Là il descend à 3 000 roupies mais non, choqués nous redescendons les escaliers, tout en comprenant bien que l'ashram doit vivre, mais quand même. Nous pensons que Amma ne doit même pas être au courant de ce type de spéculation sur le prix de son regard...

L'après-midi nous montons aux grottes où Ramana a médité des années durant, la première, Skandasramam est un joli ermitage ombragé et situé sur la colline surplombant le Grand Temple où Bhagavan vivait de 1916 à 1922.
L'arrivée à la seconde grotte de Virupaksha
La seconde grotte se trouve en-dessous de la première et on y accède par un beau chemin de descente avec de larges pierres. Cette grotte de Virupaksha a la forme d’un  OM et contient le samadhi du Sage Virupaksha. Bhagavan. Shri Ramana vivait ici de 1899 à 1916.  Les deux grottes sont des sites historiques préservés et maintenus par Shri Ramanasramama, qui le fait au bénéfice des visiteurs.

Les grottes fermant à 16 h 30 nous continuons le chemin de descente pour visiter le grand temple d'Arunachaleswar, construit entre le IXe et le XVe siècle.
L'entrée du grand temple de Tiruvannamalai
Notre guide est un passionné de ce temple et nous fait passer d'une enceinte à l'autre, nous expliquant l'origine des bâtiments, ici l'un comportant 1008 colonnes et destiné à l'apprentissage de la danse classique et de la musique pour les filles pauvres qui n'étaient pas mariées à 24 ans (âge complètement rédhibitoire dans l'Inde d'avant pour continuer de penser qu'on pouvait se trouver un mari). Un autre, plus loin, avec 108 colonnes était réservé pour les filles de familles riches. Il arrivait aussi que certaines ne soient pas mariées à 24 ans mais étaient bien moins nombreuses si on se réfère au nombre de colonnes !
Ces jeunes femmes devenaient des danseuses dédiées à Shiva, au temple (et bien souvent aux brahmanes du temple).
Le grand temple vu du chemin en montant à la première grotte
Nous admirons dans un petit temple dédié au yoga, les 44 positions de danse du dieu Shiva-Nataraja sous forme de peintures, nous évitons la gigantesque queue des fidèles qui attendent pour voir le Shiva Lingam dans le Saint des Saints au moment de la puja du soir, cérémonie d'offrande qui rend hommage à la divinité, ici Shiva. Le Lingam a une signification exotérique et une autre ésotérique. L'ignorant vénère Shiva comme une image, une marque, ce qui est l’un des sens du mot Lingam, mais le Sage scrute l'Invisible qui est Shiva Lui-même.Notre guide voudrait bien nous donner tous les tuyaux pour faire baisser notre mental et nous faire concevoir que nous ne sommes que Lumière... Il insiste beaucoup sur le fait de : comment savoir utiliser ce temple de la bonne façon et c'est passionnant.
ce qui est aussi passionnant c'est de regarder les ouvriers sur l'échafaudage
d'une des tours en réparation (payée par les Allemands car le dernier grand
sage de Tiruvannamalai était un Allemand...)
A 19 h il fait grand nuit, nous récupérons nos chaussures à la sortie en se promettant d'y revenir demain après-midi, mais demain est un autre jour !