jeudi 20 août 2015

Carnet de voyages près de chez soi : Chatillon sur Chalaronne

Suite des aventures du petit groupe d'aquarellistes autour de Fabienne qui nous fait découvrir une petite ville médiévale, entre Bresse et Dombes, charmante et fleurie à quelques kilomètres de Lyon : Châtillon sur Chalaronne.
le pont fleuri qui traverse la Chalaronne
Nous nous installons confortablement dans un petit parc fleuri près de la rivière pour dessiner l'eau et le pont ponctué de jardinières colorées. Châtillon sur Chalaronne est l’une des 60 villes françaises possédant la distinction Grand Prix National de Fleurissement. Le fleurissement change au cours des saisons : printemps, été et automne, chaque saison proposant fleurs et couleurs différentes.

un des nombreux ponts fleuris et maison ancienne

la maison au bord de la rivière
De la préhistoire au XXe siècle, Châtillon nous offre d'abord de vagues tumulus, puis avec les Romains le tracé de quatre grandes voies commerciales communiquant avec l'Helvétie, la Germanie et la vallée de la Saône. Au Moyen-Age, Châtillon devient une seigneurie puis devient savoyarde par mariage de l'héritière du sire de Bagé avec le comte de Savoie en 1272.
En 1670 un terrible incendie ravage une partie de la ville et les Halles sont reconstruites grâce aux chênes de Mademoiselle de Montpensier, comtesse de Châtillon. Halles que nous admirons (80 m de long, 20 m de large et 10 de haut) depuis un petit café sympathique où nous prenons le temps de dessiner autour d'un café ou d'une infusion.
des toilettes originales mais pas historiques !
Puis les Trente Glorieuses permettent l'évolution et la prospérité de Châtillon.
Notre journée se passe surtout autour de l'eau, c'est agréable en ses journées de canicule de juillet mais savoir "rendre" l'idée de l'eau en aquarelle n'est pas évident...
la petite barque fleurie





mercredi 29 juillet 2015

Carnet de voyage à Lyon - De St Jean à St Antoine

Continuons notre visite pédestre et peinturluresque dans le Vieux Lyon...
Après la cathédrale et le musée de Gadagne, petit tour dans le vieille rue St Jean.

Nous entrons dans une petite allée pour découvrir la Maison du Chamarier. La Chamarerie est l'une des rares maisons de dignitaire ecclésiastique conservée avec ses bâtiments les plus importants.
Un grand dignitaire du chapitre de la cathédrale St Jean habitait ici. Le chanoine-comte François d'Estaing, chamarier de 1496 à 1529, supervisait la sécurité, la justice, la voirie et possédait les clés des six portes de l'enceinte. Cette maison a été classée monument historique en 1943.
L'entrée de la Maison du Chamarier, 37 rue St Jean
Le puits et la fontaine de la cour ont été sans doute commandés à Philibert Delorme, vers 1530-1540.
Le soubassement du puits avec double rangée de caissons décorés de rosaces.
La fontaine construite en forme de niche a des décorations similaires à celles
du puits.
décoration de la fontaine avec la coquille Renaissance
Cet immeuble a été la résidence de la Marquise de Sévigné à Lyon
en 1672 et 1673
 Nous passons ensuite le pont Bonaparte et nous revoilà partis pour visiter un petit coin de la presqu'île lyonnaise après avoir "croqué" quelques commerçants sur le marché St Antoine et bu un super jus de fruits frais, citron, orange et gingembre, je vous le recommande par temps chaud !

Sur le quai St Antoine, au n° 30 découverte au fond d'une allée qui "traboule" (qui passe d'un immeuble à l'autre) de la porte magnifique de l'ancien théâtre Guignol dirigé par Pierre et Ernest Neichthauser de 1907 à 1966. Ce théâtre initialement appelé Guignol du Gymnase puis Guignol Mourguet était surnommé traditionnellement « Guignol du Quai ».
 Le théâtre du Quai Saint-Antoine, où s’installe la troupe fondée par Laurent Mourguet, ouvre ses portes en 1887.
la porte d'entrée de la traboule au 30 quai St Antoine
la porte du théâtre de Guignol

la poignée de porte de la porte du Guignol censée porter chance aux acteurs !

la grande cour, inattendue ! derrière le Guignol
la jolie lumière des traboules et les surprises à l'arrivée...
c'est le bonheur de Lyon !
Découverte ensuite du musée de l'Imprimerie, rue de la Poulaillerie
Le nom de la rue de la Poulaillerie était en rapport avec les ventes de volailles au Moyen Âge. Les noms des rues rappellent la présence des anciens métiers du quartier (Fromagerie, Mercerie, Fleuriste
(bouquetier), Poterie (Tupin), Marché aux grains (Grenette), Poulaillerie, Travail du fer (Ferrandière). Au n° 13, nous entrons dans la cour du musée, grand témoin de la Renaissance où une des activités principales de Lyon était l’impression. Il est situé dans l'ancien Hôtel de la Couronne qui fut le premier Hôtel de Ville de Lyon, édifié au XVe siècle.
La cour intérieure Maurice Scève nous offre son ombre bienfaitrice et chacun croque qui un bout d'escalier, qui la façade, qui les ornements du mur qui nous intriguent.
 
Les figures du Rhône et de la Saône et en dessous la copie
de la Table Claudienne en pierre noire


Sur un mur de la cour, une oeuvre du sculpteur Philippe Lalyame (XVIIIe siècle) présente des lions et les figures du Rhône et de la Saône sur un fronton brisé. Au centre, une inscription en latin gravée sur pierre rappelle que le consulat de ville a tenu assemblée ici dès 1604.
Le Rhône et la Saône
 La plaque noire est une Table Claudienne qui a toute une histoire !

En 1611, les Tables Claudiennes sont installées dans la cour ; elles correspondent à une plaque de bronze en deux fragments retrouvée en 1528 sur les pentes de la Croix-Rousse, et présentant le texte du discours de l’empereur Claude (natif de Lugdunum) en 48 : il s’y prononce pour l’admission des Gaulois au sein du Sénat romain. Gravée à Lyon, cette plaque était exposée dans le sanctuaire des Trois Gaules. Une fois retrouvée, elle a d’abord été placée dans la Maison de Ville rue de la Fromagerie, puis ici dans la cour, ensuite à l’Hôtel de Ville des Terreaux, avant d’être définitivement déposée au musée gallo-romain de Fourvière. C’est une copie qui est désormais visible dans la cour Maurice Scève (vers 1501-1570), nommée ainsi en l’honneur du chef de file de l’école lyonnaise de poésie.

L'intérieur de la cour est superbe, malheureusement pas le temps de dessiner tout ça...

l'entrée du musée de l'imprimerie
dans la cour

dimanche 26 juillet 2015

Carnet de voyages dans sa ville -Quartier St Jean

Comment avoir de chouettes vacances, en se faisant plaisir et en découvrant sa ville avec un oeil neuf ? Faire un carnet de voyages ! Ce que propose Fabienne Amiel, carnettiste et aquarelliste lyonnaise à un petit groupe pendant cinq jours sur Lyon. Et nous voilà partis, nous sommes cinq ou six et rendez-vous devant la cathédrale St Jean, dans le vieux quartier Renaissance de Lyon. La cathédrale date du XIIe siècle mais dès le IVe siècle il y avait déjà un baptistère, et au IXe siècle on y a construit une école de chant, une manécanterie qui jouxte toujours la cathédrale.
Allez, hop, un petit croquis de la cathédrale, assis sur les bancs de pierre à côté du mendiant qui tend son gobelet plastique aux touristes. Je suis la plus débutante du groupe, alors... soyez sympa !
Vue de Fourvière depuis St Jean

Et maintenant on se tourne vers la cathédrale et Fabienne nous fait découvrir les petits trésors sculptés tout autour des portes d'entrée... Une vraie bibliothèque ou un grand livre d'histoires ! Il faudrait avoir plus de temps : 300 médaillons de façade qui racontent l'Ancien et le Nouveau Testament. Alors on croque un ou deux médaillons sans trop connaître la légende qui va avec. Par exemple, lui, qui joue son petit orgue portatif et qui se fait croquer par le poisson... Serait-ce Jonas et sa baleine ? Cet examen attentif donne envie de connaitre tout ce que raconte ces colonnes sculptées !



Nous avancons et maintenant un petit dessin de rue, nous trouvons un banc où nous installer par loin du musée de Gadagne, la lumière matinale joue entre les feuilles, il ne fait pas encore trop chaud, allons-y pour la rue du Boeuf qui est une des plus anciennes rues du Vieux-Lyon. Elle doit son nom à un taureau sculpté à l'angle avec la place Neuve Saint-Jean. On y trouve des hôtels chics et des restaurants haut de gamme, comme la Tour Rose et la Cour des Loges. D'ailleurs une Porsche vient se garer juste devant nous...
C'est une rue plutôt tranquille et qui était habitée par des familles riches. Derrière les maisons côté colline on trouve des jardins et des terrasses bien cachés.
Cette rue se trouvait sur le trajet des processions du culte taurobolique qui montaient au temple de Cybèle au-dessus des théâtres romains. On a retrouvé en 1704 un autel daté de 160 après J.C dans les anciennes vignes de Fourvière.
Jusqu'au début du XIXe siècle il y avait beaucoup d'ateliers de tissage ce qui peut expliquer les hautes entrées dans cette rue.
 
La rue du Boeuf

  Après, nous grimpons au quatrième et dernier étage au Café Gadagne pour nous offrir une bonne salade au restaurant du Musée, puis petite sieste dessinatrice dans les jardins aménagés dans l'esprit de la Renaissance. Pas le temps de visiter le musée d'Histoire de Lyon ni celui des marionnettes... on y reviendra une autre fois pour les dessiner ! Certains vont s'installer dans les grottes de fraîcheur avec une fontaine initialement conçue au XVIIe siècle et qui ont été réaménagés.


les jardins du Musée de Gadagne au 4e niveau

 Petite pause dans la cour intérieure. Il faut savoir que le site de Gadagne commence son histoire dès le début du 1er siècle avant Jésus-Christ, avant même la fondation de Lugdunum par les Romains ! C'est la première trace attestée d'occupation précoloniale dans ce secteur de la rive droite de la Saône.
petits détails dans la cour, et les pots d'un rose magnifique !
la cour intérieure du rez-de-chaussée du musée de Gadagne

Et voilà, ce vieux musée obsolète est devenue une petite merveille architecturale que je vous encourage vivement à visiter ! La restauration aura nécessité dix ans de travaux et trente millions d'euros ! Et la surface est passée à 6300 m2, donc prenez votre temps, vous en avez pour la journée !

samedi 16 mai 2015

Jean-Jacques Rousseau




Quels délicieux instants passés ce soir en compagnie de Rousseau, Jean-Jacques pour les intimes, présenté par Zoé Varier sur France Inter le vendredi 15 mai 2015 à 20 heures ! En invité, Philippe Lejeune spécialiste du genre autobiographique, et la réincarnation de Rousseau : William della Rocca, qui a donné plus de 300 représentations de « Jean-Jacques » en petits comités dans des salons parisiens ou chez ceux qui avaient l’envie et la place de faire connaitre ce spectacle.
Mais que du bonheur d’écouter ces trois là parler de Rousseau, de son intimité, sa franchise, sa pudeur, de cette nouveauté pour l’époque qu’étaient Les Confessions et qui ont été bien mal comprises, souvent perçues comme une incongruité littéraire. A quoi cela pouvait-il bien servir de se laisser aller à écrire ce qu’on pensait, ce qu’on faisait, au siècle où la psychologie n’existait pas, la psychanalyse n’en parlons pas, mais où la finesse de l’écriture et de la pensée de Jean-Jacques nous le rend contemporain. Sans qu’il devienne notre copain, loin de là… car sa pensée et son langage n’autorisent ni familiarité ni vulgarité, mais en font un bon compagnon de voyage. Ce qui me donne bien envie de me mettre à lire les Confessions, ce que j’en connais datant du Lagarde et Michard de mes années lycée. Diderot à l’époque me passionnait davantage, je ne sais pas pourquoi !
Le plus choquant pour nous élèves, était le fait qu’il avait abandonné ses cinq enfants, tout en ayant des belles idées sur l’éducation en écrivant son Emile, publié en 1762. Et là, j’ai entendu un Rousseau regrettant amèrement avoir confié ses enfants à l’Assistance publique, ce que faisaient en général 40 % des parents de l’époque ! Il est bien évident qu’il convient aussi de se remettre dans le contexte historique, même si cela ne l’absous pas le moins du monde. Les textes choisis et présentés par William della Rocca avaient cette générosité de cœur qui nous montraient Rousseau sans vernis ni falbalas et qui de fait nous le rendait extrêmement sympathique.
Je vous encourage, si vous aimez la littérature à écouter l’émission diffusée le 15 mai 2015 : http://www.franceinter.fr/emission-lheure-des-reveurs



mardi 21 avril 2015

Incredible Italy !

Oui, après le riz les spaghettis ! après le tchaï, la grappa mais ça ne rime pas, après Laxmi, Botticelli, après les temples à Shiva, Santa Maria Novella... Après l'Inde, l'Italie, et pas n'importe laquelle, l'Italie du Palais Pitti, du palazzo Vecchio et du Quattrocento. Quand Parvati se transforme en Vierge Marie et Shiva en David. Bref ce sont presque les mêmes mais transformés Renaissance italienne avec des légendes légèrement décalées à l'Ouest.
Florence est une ville splendide, à tous points de vue.  Les rues piétonnes du centre historique sont bordées de boutiques plus magnifiques les unes que les autres, offrant aux regards des touristes japonais avides des boutiques de luxe que nous, touristes limitrophes, n'admirons que de l'extérieur, mais c'est beau. Parfois incroyable... qui oserait porter des talons pareils, une robe aussi originale ?
Alors que Florence apprécie les rues pavées, comment sortir avec des échasses ?
Pour être belle le soir... mais sortir où ?
C'est le printemps, les boutiques vous mettent des fleurs plein la tête.
Les petites ruelles pittoresques qui buttent quelquefois sur de gros monuments bouchant la vue, le marché central, débordent de vestes en cuir, de sacs et de pochettes colorées, accrochées un peu partout, de bibelots, de petits magasins offrent au regard de beaux carnets, du papier à lettres de luxe à fleur de lys florentine ou à portrait de Vierge sage, alors qu'un enfant Jésus se laisse aller à des familiarités que le peintre n'a pas hésité à montrer.
difficile de circuler dans Florence sans avoir des monuments
qui s'imposent à vous...
les bijouteries du Ponte Vecchio avec leur touche d'originalité...
ou leurs ors plus classiques
papier marbré, petits carnets raffinés, papeterie d'art dans de belles boutiques
offrant de quoi écrire vos mémoires ou vos gribouillis de luxe

du cuir partout, de toutes les couleurs, sous toutes les formes, depuis le
Marché Central aux boutiques Hermès
et pour l'art, c'est pareil, il y a du très "classique"
comme ici la Madone de Filippo Lippi
et d'autres "classiques" surprenants où l'on surprend le petit Jésus un peu fouineur !
et sa maman en a le rouge aux joues ! Jésus, si on nous regarde !
Pour cette semaine culturelle à Florence notre programme chargé nous a permis d'apprécier des oeuvres d'art à longueur de journée... et à longueur de couloir ! Un couloir bien peu visité par les touristes, le corridoi Vasariano, très long couloir privé qui relie le palazzo Vecchio et le palazzo Pitti à travers le Ponte Vecchio. Et ce couloir se prend dans la Galerie des Offices. Il faut demander une autorisation spéciale et la traversée de ce couloir pittoresque coûte une petite fortune : 65 euros !
Ce couloir a été commandé pour le mariage en 1565 entre François 1er de Médicis et Jeanne d’Autriche et édifié avec l’idée de donner un précieux bijou à Florence. C'était le désir du Grand-Duc de se déplacer librement entre sa résidence et son palais du Gouvernement pour éviter de se mouiller ou de se salir les pieds... mais surtout de se déplacer en toute sécurité. Ce passage royal qui passe au-dessus des têtes des citoyens de Florence nous permet de découvrir une grande collection de peintures et une rangée de fenêtres qui offrent des vue magnifiques sur les coteaux, le fleuve Arno, ses ponts, les palais et les églises de la ville. Une magnifique collection d'auto-portraits ornent les murs du couloir depuis des artistes comme Giogio Vasari (1511-1574) jusqu’aux artistes étrangers du XXe siècle qui ont offert leur portrait.
 Les attentats mafieux de mai 1993, à la dynamite, contre la Galerie des Offices de Florence a fait quelques dégâts dans le couloir également. Promenade historique, culturelle, artistique, commentée pendant une bonne heure pour nous faire découvrir des chefs d'oeuvre cachés ou en tout cas bien protégés des regards.
l'entrée dans le fameux corridor, accompagné devant et derrière...
une vue d'un des passages
des centaines d'auto-portraits sur des centaines de mètres de murs...
une vue plongeante sur le ponte Vecchio
la vue sur l'Arno et les ponts de la ville, d'un côté
et de l'autre...
auto-portrait de Rubens
auto-portraits de Bonnat et de Fantin Latour
Qui peut imaginer que tant de trésors cachés se trouvent accrochés dans le
couloir passant sur ces arcades ?



mercredi 18 mars 2015

Hazaribagh (Jharkhand - Inde)

Il est 22 heures, la télé braille au rez-de-chaussée de l’hôtel, les garçons parlent fort, ça résonne dans toute la montée d’escaliers, ma chambre est juste sur le palier du premier au-dessus de la réception, aux premières loges pour les échos qui ne s’arrêteront qu’à une heure du matin et je suis heureuse. Heureuse de me retrouver dans cet hôtel d’Hazaribagh qui était un peu miteux et qui est maintenant resplendissant de propreté et repeint à neuf. L’équipe de garçons de service n’a pas changé, le patron est toujours le même et ça me fait chaud au cœur de revoir tout ce monde que je connais depuis des années, qui me font des coucous avec la main, des namasté, des grands sourires… Le garçon qui vient me servir des légumes et une chapati dans ma chambre, pas le temps de chercher un restaurant, nous sommes arrivés très tard, est toujours le même, et voyant les bananes sur la table, me demande s’il peut en manger une et la dévore dans ma chambre. Soupçonnerais-je une légère faim… ou même une sous-alimentation pour ces garçons ? J’en ai tellement vu dans tous les hôtels, courir toute la journée dans les étages et manger enfin quand les clients dorment tranquilles, vers 11 heures du soir. Comme hier soir dans le Shatabdi Dehra Dun Express, dans le wagon de première classe, les garçons qui servent le goûter (thé, petits biscuits, fruits secs) puis le dîner, dévoués, serviables, jouant les équilibristes avec leur dizaine de plateaux entassés qu’ils distribuent devant chaque personne posément et qui se retrouvent assis par terre en tailleur en train de manger les plateaux restants, coincés entre les toilettes et les étagères à bagages vers 11 heures du soir… Tout ce petit peuple au service qui ne compte ni ses heures ni ses pas, certainement contents d’avoir du travail et qui vivent dans des conditions qui feraient trembler de désespoir un militant syndical.
Ce matin, pour aller plus vite, j’ai pris l’avion. Avec un effort depuis une semaine pour voyager léger : juste un sac à dos qui pèse 6, 3 kg sur la balance de l’aéroport. Je me trouve remarquable !
Une heure quinze de vol au lieu d’une nuit de train, c’est payant… surtout quand le billet d’avion est moins cher qu’un billet de TGV Lyon-Roissy. Petit coup au cœur quand amorçant sa descente vers Ranchi, la capitale de l’état du Jharkhand dans le Nord-Est de l’Inde, l’avion a remis les gaz et est remonté vers les nuages. Le pilote a simplement expliqué que l’atterrissage n’étant pas génial de ce côté, il faisait le tour pour prendre la piste dans l’autre sens… Why not ? Je ne m’étonne plus de rien. Incredible India !
A la sortie de l’aéroport, je me fais accoster par un journaliste, interview, photo.. Je serai probablement dans le journal local demain matin. (et oui, je confirme !)
L'invitée de la ville, "city guest" en titre ! de quoi donner
envie aux occidentaux d'arriver en masse...
C’est dire comme le Jharkhand qui fait pourtant des efforts démentiels au niveau de la publicité pour faire venir les touristes, a besoin de conforter son image auprès du public, surtout indien, car quel occidental va s’amuser à venir ici ? Surtout avec les dernières émeutes dans le district de Gumla où je vais justement demain ! Ceci dit, pour les amateurs de jolie campagne et de nature, de villages typiques au bord de rizières, si on sort des carrières, des mines, des bassins fétides de décantation et des villes polluées il y a des choses à voir. A condition d’être accompagné par quelqu’un du cru. Merci d'accepter l'humour au second degré !
Tourisme au Jharkhand : image bucolique de la campagne

ne pas oublier ses marchés typiques et colorés, situés en plein carrefour au milieu
de la nationale
ses temples historiques et magnifiquement sculptés
son agriculture locale originale : la récolte des fleurs de mawa pour en faire
un alcool familial (et qui aide à augmenter le pourcentage de femmes battues)

et ses levers de soleil enchanteurs pour des lendemains qui chantent, surtout des
chants de lutte pour récupérer les terres occupées par les industries minières

Trois amis m’attendent à l’aéroport, des travailleurs sociaux (Ekta Parishad et NSVK) militants pour les droits de l’Homme ce qui veut signifie ici, le droit à la terre, à l’eau, à avoir un toit sur sa tête, à la dignité, à l’hygiène (bientôt les toilettes obligatoires pour accueillir les jeunes mariées ? Ce serait bien !) et pour cela faire à longueur d’années des centaines de kilomètres de marches non-violentes pour arriver à faire plier le gouvernement pour l’application des lois déjà mises en place ! Ils m’annoncent tout de suite le programme, nous filons au Forest Meeting Hall, beau bâtiment en cours de réfection car laissé à l’abandon jusqu’à présent et réhabilité, repris en main par des militants déterminés, pour une importante réunion afin de renforcer la participation des gouvernements local et central au management de la forêt (très habitée par des peuples tribaux facilement « éjectables » face aux demandes des industriels) en Inde. Le programme est en anglais… mais les débats sont en hindi, dommage car ils semblent vraiment dignes d’intérêt, même si le mien se dilue doucement dans les brumes vaporeuses de l’endormissement. J’ai le plaisir de faire la connaissance de M. Sanjay Upadhyay, avocat à la Cour Suprême de Delhi, fervent défenseur de l’environnement qui ne m’en veut pas d’avoir fermé les yeux pendant son intervention. Sur les vingt personnes présentes, seules trois femmes sont là, bien discrètes, mais c’est un début.

pour les participants au Congrès, buffet debout sous les ombrages : gamelle de riz et
légumes avec sauce lentilles, à volonté... Nos congressistes devraient en prendre
de la graine pour faire des économies sur le budget d'organisation.

L'affiche devant le hall du Palais des Congrès
Birendra en paroles et en action et Sarju qui boit son verre au premier plan
Birendra, mon « interface » habituelle et qui me sert de traducteur, orateur qui visiblement a suscité un grand intérêt car il est vraiment du terrain, part ce soir pour une conférence nationale à Gwalior. Bonne occasion pour me débrouiller avec mes trois mots de hindi et la bonne volonté de Ram Swarup, militant éloquent en hindi, qui sait entraîner les foules, et Sarju, d’une gentillesse à faire fondre une belle-mère indienne mais intraitable sur le prix du kilo d'oranges.
Le groupe que j’accompagnai en février avait vidé ses poches à l’aéroport des roupies qui restaient sans emploi et forte de ce petit pécule nous cherchons tous les quatre avec le chauffeur comment nous pourrions dépenser cet argent utilement pour la petite école tribale que le « comité Lacim (Les amis d’un coin de l’Inde et du monde) » que j’ai monté pour ça parraine depuis déjà deux ans. Entre deux évitements de camions : « et si nous achetions des boites de crayons de couleurs ? » Puis sur l’autoroute entre Ranchi et Hazaribagh à plus de cent à l’heure (la route est bonne, c’est une deux fois deux voies) : « plutôt des cahiers ou des livres d’apprentissage de l’alphabet ? » Entre deux hoquets de peur car les phares que je vois arriver en face, non, ils ne sont PAS de l’autre côté de la séparation mitoyenne de l’autoroute, euh !…ça passe, le chauffeur zigzague, le mobile collé à l’oreille, collé aussi aux pneus par une voiture derrière qui use son klaxon sur des kilomètres, « et si on achetait des ventilateurs ? Il va commencer à faire chaud… », c’est plutôt moi qui transpire dans les sinusoïdales routières et je pense que ces gamins ont depuis toujours l’habitude de la chaleur et qu’il y a peut-être des choses plus intéressantes à acheter. Et puis avant d’arriver à Hazaribagh, en se faisant doubler par un bus local par la gauche (on roule à gauche en Inde ne l’oubliez pas) l’idée lumineuse : le soleil se couche à 18 h 30 à peu de minutes près et les gamins n’ont pas d’électricité pour faire leurs devoirs et manger. Si on trouvait des lampes solaires ? Et voilà comment je me trouve en ce moment, saine et sauve une fois de plus, en train de recharger dans ma chambre d’hôtel deux grosses lampes superbes rechargeables à l’électricité dont une en plus au soleil, que nous allons tester demain soir à l’école.
Merci aux personnes du groupe de Terre du Ciel d’apporter la Lumière ! Beau symbole ! et d'une grande utilité je peux l'assurer... voir bientôt la suite !