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jeudi 26 février 2015

Daulatabad

A environ 15 km d'Aurangabad, sur la route des grottes d'Ellora, se dresse sur la colline la forteresse de Daulatabad, un des forts médiévaux les mieux conservés du monde ! Connu sous le nom de Devgiri qui signifie la colline des dieux, la magnifique forteresse du XIIe siècle était la capitale des Yadava. Elle a été renommée Daulatabad, la cité de la fortune, au XIVe siècle par Mohammed Tughlaq, le sultan de Delhi.
l'entrée du fort, impressionnante et massive
les portes en bois étaient hérissées de clous pour empêcher les éléphants de forcer
les portes
une grande allée mène encore à d'autres fortifications. Au fond la tour de la victoire
comme beaucoup de touristes, les Indiens visitent beaucoup en étant
branchés sur leur smartphone
Encore des douves franchies par une passerelle
des passages secrets, des couloirs sombres et labyrinthiques augmentaient
encore l'inaccessibilité pour les assaillants
le dessin inextricable des enchevêtrements des murailles
au cours de la montée, arrêt à un temple à Ganesh, en réparation et les ouvriers
montent les pierres une par une sur la tête
encore bien des marches à grimper (700 au total) avant d'arriver au lieu d'habitation

Polo est monté aussi bien sûr, mais il a un peu le vertige en regardant le paysage
le sommet du sommet ! avec des escaliers face au vide et sans rampe pour accéder
à la dernière plateforme
paysage sur toute la vallée et la tour qui semble minuscule

Dévotion


Les grottes d’Ajanta (2e au 5e siècle) inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco n’ont été découvertes, comme d’autres sites en Inde, Khajurâho par exemple, que du temps des Anglais. En 1819 ces grottes ont été aperçues lors d’une chasse au tigre. Couvertes par une jungle épaisse le tigre est allé se réfugier dans une des grottes les plus belles et là… surprise des Anglais !
affiche de l'entrée, les grottes bordent la rivière Waghora
maquette, avec forêt par temps de mousson
la vue sur les 30 grottes, fin février avec la sécheresse, après, il faut descendre
les escaliers !
Aujourd’hui le site est sous protection japonaise, le parking voitures est situé à 4 km de l’entrée des premières grottes et un bus fait la navette pour éviter la pollution. Malgré cela quelques salles « sensibles » au taux d’humidité apporté par les touristes, à cause des nombreuses fresques présentes, n’acceptent qu’un nombre limité de touristes en cas d’affluence (en période de mousson de juin à août) avec pause de cinq minutes tous les quarts d’heure. 

Plus encore que les fresques d’Ajanta, les sculptures d’Ellora avec son mélange harmonieux de bouddhisme, hindouisme et jaïnisme m’ont laissé bouche bée devant le travail titanesque accompli. Pour moi, la grotte la plus extraordinaire, la n° 16, a été entièrement excavée en partant du haut, comme la fameuse église de Lalibela en Ethiopie. En me promenant dans ce lieu je n’arrêtais pas de me demander comment on pouvait concevoir de telles organisations de monuments, piliers, sculptures, en partant d’en haut (et dans ma tête cela donnait : mais comment y z’ont fait ? mais comment y z’ont fait ?) 
Ellora, la grotte 16 de face
Ellora, la grotte 16 dedans
Ellora, la grotte 16 vue du dessus
 Complètement abasourdie, subjuguée interrogative, émerveillée d’imaginer ces milliers (on parle de 7000) de travailleurs, excavateurs manuels adroits, habiles, ingénieux, qui devaient travailler sous la direction d’architectes fous et prodigieusement intelligents pour tout imaginer en 3D à l’avance.

Trois jours à visiter des grottes, Aurangabad, Ajanta, Ellorâ, qui m’ont emporté hors du temps.
Viennent maintenant surtout des groupes bouddhistes du Japon, de Corée du Sud, de Thaïlande. Il semblerait que les occidentaux soient moins présents qu’avant à cause, semble-t-il des mauvaises conditions de vie à Aurangabad, hyper polluée, mal entretenue, des routes en fort mauvais état.
Ces groupes viennent avec leurs prêtres lamas, leur livre de prière et leur parfaite dévotion envers le Bouddha. Dans la grotte du Bouddha couché, chacun vient déposer sous la tête du Bouddha, un billet de dix roupies, billets prestement récupérés par le bienheureux gardien de cette grotte. Les lamas sont modernes, ont des appareils photos Canon avec de gros objectifs, des tablettes, se font prendre en photo devant toutes les statues des grottes, dehors, avec leur groupe, sans le groupe… et acceptent également volontiers que les touristes en profitent. 
Ellora-grotte 29, ça pose, ça pose...
En discutant avec l’un d’entre eux j’ai appris que s’il était thaïlandais, il avait fait ses études en Inde et vivait aux Etats-Unis en donnant des conférences. 
la superbe grotte 26, Mahayana Chaitya avec la tentation du Bouddha et
son nirvana. Les traces de peinture ont disparues
les moines modernes viennent avec une tablette !
Moines priant dans la grotte 26
Dans la grotte 26, le Bouddha Mahaparinirwanait de 7 mètres
de long est le lieu d'une profonde dévotion
A Ellora une merveilleuse petite grotte jaïn se cache dans les recoins d’une autre grande grotte, la 32, et grâce à la puissance lampe du gardien on peut admirer des fresques magnifiquement conservées. 
Entrée de la grotte 32
dans la petite grotte jain, des peintures fort bien conservées
Les grottes s’étendent sur environ 4 km et à mon avis il faut bien une journée tranquille pour les visiter, prendre son temps. 
les grottes d'Ellora dans un environnement protégé
Les propositions de l’office du tourisme qui sont pour les gens pressés offrent dans la journée en même temps qu’Ellora, la visite du fort de Daulatabad, belle promenade qui mérite une demi-journée,  Bibi-Ka-Maqbara qui se veut une petite et pâle copie du Taj Mahal, Panchakki, un moulin à eau du XVIIe siècle et utilisé pour moudre le grain de la communauté. Ce lieu abrite également le mémorial d’un saint soufi, baba Shah Muzaffar, le guide spirituel d’Aurangzeb. Ce qui me paraît un peu beaucoup. Trois jours de visite semblent nécessaires si on ne veut pas terminer sur les rotules et prendre du plaisir dans les visites sans être pressé par le temps.

lundi 23 février 2015

Un sourire


Ce lundi 23 février je vais à l’Office du tourisme d’Aurangabad afin d’obtenir des renseignements sur Ajanta et Ellora. Le monsieur charmant qui m’accueille me donne carte et dépliant et me montre, petit commerce personnel, les belles écharpes en soie qu’il fait avec sa famille. Et nous commençons à discuter soie, cocon, tissage, métiers Jacquard, facile de faire la connexion avec Lyon. Il est le président de la société de développement artisanal et culturel d’Aurangabad. Bingo ! Il m’invite un jour de cette semaine pour voir un lieu de tissage. A suivre donc. Pendant ce temps un conducteur de rickshaw se place pour me proposer le tour des monuments à voir à Aurangabad. J’ai déjà prévu ça avec l’hôtel dans mon « package » touristique mais après tout ça me fera des repérages pour dessiner. Il m’emmène d’abord petit-déjeuner, puis en plein soleil nous partons visiter les grottes d’Aurangabad, une belle introduction avant celle d’Ajanta et d’Ellora.
Toutes ces grottes ont été creusées dans des sites en arc de cercle et donc cachées des regards et protégées pendant des siècles. En février, tout est sec et beige-marron et on reconnaît difficilement les photos des dépliants touristiques pleines de verdure envahissante grâce à la mousson. Les grottes d’Aurangabad, comme celles d’Ajanta, sont des grottes bouddhistes creusées entre le 2e et le 6e siècle. Celles d’Ellora font la suite entre le 5e et le 8e siècle.
montée aux grottes d'Aurangabad, côté ouest

étonnante cathédrale de pierre protégeant un stupa, qu'on retrouvera aussi
à Ajanta
des sculptures creusées dans le noir tout le long des murs
des grottes creusées dans des grottes, et au fond une statue du Bouddha
les belles apsaras volantes qu'on retrouve dans toutes les grottes
une belle rangée de déesses
simplement la beauté partout
des selfies partout et en tout lieu...
Nous partons aux grottes de l’ouest pour acheter le ticket, puis continuons à l’est où le gardien jette un coup d’œil de loin sur le billet et me voyant arriver seule, prend son bâton car il claudique un peu et se met à me suivre…
A ce moment là, les vieilles habitudes reviennent et je me dis « ça y est, il va me coller toute la visite… » Je marche donc un peu plus vite pour m’orienter vers les grottes les plus lointaines et les plus élevées. Avec tous ces escaliers, il aura du mal à me suivre et je file.

Je le retrouve m’attendant patiemment vers la grotte principale au retour. Et là, je me dis : «OK, j’accepte avec bonheur et j’en profite» ! Avec quelques rares mots d’anglais, visiblement le terme backside lui plait bien et le place partout, il me montre des statues, des positions, des sculptures de fleurs et d’animaux auxquelles je n’aurais peut-être pas prêté attention.

fleur de lotus et homme en prière
Il me donne le nom des dieux et déesses et pour m’aider à prendre mes photos dans l’obscurité des grottes, comme je déteste utiliser le flash qui écrase souvent le relief, il me sort une grande plaque d’aluminium en guise de réflecteur pour capter la lumière du jour et la renvoyer sur les statues.
une grande statue de Bouddha au fond d'une grotte
et un joli couple bien caché dans le noir, débusqué grâce au réflecteur du gardien
 Il vient vérifier gentiment sur l’écran de l’appareil photo, replace sa plaque, jusqu’à ma satisfaction. Me voyant contente, il est heureux de son aide et nous continuons – j’allais dire bras-dessus, bras-dessous – en discutant comme de bons amis, pour le reste des grottes.
Je lui laisse un bon pourboire et lorsque je m’en vais il me tend ses deux mains ouvertes vers moi. Un peu interloquée je ne comprends pas tout de suite qu’il souhaite que je mette mes mains dans les siennes, ce que je fais, et nous nous regardons tous les deux avec un grand sourire. Finalement, c’est facile de rendre deux cœurs contents !