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jeudi 9 février 2017

Kampong Cham, du lotus à la soie

Promenade dans la campagne en tuk-tuk, pour découvrir un Cambodge tranquille, plein de petits chemins pas toujours très carrossables, avec des champs de lotus dont les magnifiques fleurs s'ouvrent au soleil.
bouton de fleur de lotus
fleur de lotus épanouie
 Le lotus, cette plante aquatique est sacrée pour le bouddhisme et le brahmanisme. Les dieux et déesses sont souvent représentés debout ou assis sur un trône en fleur de lotus.
le fruit dont on mange les graines. Il sert aussi comme décoration dans les bouquets secs
 Le « fruit » composé est constitué par le réceptacle floral charnu ; il ressemble à une pomme d'arrosoir comptant de 15 à 20 alvéoles renfermant chacune un akène de la taille d'une petite noisette. Le goût est très bon semblable à celui du pignon de pin.

champ de lotus, les pieds dans la boue. On déguste aussi les tiges cuites.
Des bouquets de fleurs de lotus se trouvent à l'entrée des temples bouddhistes car c'est la fleur de Bouddha. C'est un des huit signes auspicieux du bouddhisme tibétain. Le lotus représente la possibilité pour tout être humain de parvenir à l’état de Bouddha quelles que soient les conditions de vie, tout comme la fleur de lotus poussant dans un étang boueux.

 Les habitants de cette région vivent de la terre ou de la pêche dans les eaux du Mékong. Beau spectacle de les voir dès le petit matin relever leurs filets. Ils travaillent souvent à deux grandes barques comportant chacune 8 ou 9 personnes pour pouvoir tirer le grand filet.



tirer les filets semble un rude travail d'équipe
A la lisière de la ville nous arrivons à un sanctuaire bouddhique mahayana du XIe siècle en grès et latérite. A le voir, on se dit que certaines pierres ont été posées un peu n'importe comment dans la reconstitution du bâtiment !
entrée du temple de Vat Nokor (aussi Norkor Bachey)

Après le passage par la billetterie, 2 USD par personne, bien garder le billet qui servira également pour les deux temples de Phnom Pros et Phnom Srei, nous sommes surprises de l'imbrication d'un autre temple, un vat theravada où habitent encore des moines. 

le temple bouddhiste qui a intégré le vieux bâtiment


Promenade dans les ruines et dans la nouvelle construction qui abrite à l'intérieur les porches de l'ancienne structure.
un gardien d'entrée avec une jolie petite statue dans son dos
de belles sculptures semblables à celles d'Angkor
même plus de respect pour les vieilles pierres !
un petit chat bien inspiré
l'alliance un peu étrange des vieilles pierres de latérite et du toit de tuiles vernissées
du nouveau temple

Les deux temples de Phnom Pros, l'homme-montagne et Phnom Srei, la fille-montagne, se trouvent aux environs de Kampong Cham à 7 km et sont issus d'une légende locale. Qui réussira à construire la montagne la plus élevée en une seule nuit ? Oui, les femmes ont gagné, la ruse bien sûr. Mais c'était pour qu'une mère évite de se marier avec son fils, qui éloigné de sa famille tout petit, s'éprend de sa mère revenu au village.
le bel escalier monumental du temple des hommes Phnom Pros
et les singes qui jouent sur les marches
la belle ondulation des bordures de cobras en pierre

après les escaliers, de grandes esplanades
de grands temples plutôt récents avec des cariatides en bois

Bien des singes sur le temple des hommes, se méfier car ils sont mignons pour les petits mais plutôt agressifs pour les plus gros.
Entrée du temple des femmes Phnom Srei

les escaliers, qui permettent d'aller au sommet, plus haut que
celui des hommes !

du haut des escaliers, la vue sur la pointe de la pagode du temple des hommes
Toujours dans la campagne, le petit village de Prey Chung Kran où quelques familles possèdent encore un métier à tisser. Les écheveaux de coton colorés sèchent au soleil, les maisons sur pilotis offrent l'ombre et la fraîcheur pour les femmes qui tissent les kramas traditionnels ou encore la soie.
les écheveaux colorés qui sèchent au soleil


tissage soie pour sarong d'homme

le métier à tisser bien à l'ombre sous la maison

une belle pièce de soie rouge

Notre hôte a des commandes de Phnom Penh pour des sarong en soie superbe. Nous avons failli craquer pour ce beau rouge, mais nous mettons moins de robes de soirée que les jeunes femmes d'ici ! Ce sont des pièces de 2 ou 4 mètres, mais il faut acheter la pièce entière (70 $ les 4 mètres).
la vitrine aux tissus de soie qu'on retrouvera dans les boutiques de la capitale







vendredi 27 février 2015

Dans les environs d’Aurangabad


l'office du tourisme à Aurangabad
Padmani, Vajrapani, j’ai leurs noms et leurs beaux visages devant les yeux depuis une heure. Ces belles déesses des fresques d’Ajanta ornent la réception de l’Office du Tourisme d’Aurangabad où j’attends mon rendez-vous, le Président du « Marathwada Handicrafts and Cultural Development Society », qui s’occupe donc du développement de l’artisanat et de la culture sous la tutelle du Ministère des Textiles du gouvernement indien. Celui avec qui j’avais discuté lundi dernier et avec qui j’ai donc pris rendez-vous, occasion à ne pas rater !
Padmini dans les grottes d'Ajanta
Petit tour aux toilettes installées à l’extérieur sur un ramassis d’ordures. Belle image de marque pour l’office du tourisme de la capitale du district du Marathwada et pour une ville comme Aurangabad déclarée capitale touristique du Maharashtra. Tout est odieusement sale, délabré, mal entretenu, aucune poubelle, tout le monde jette ses ordures devant la porte des toilettes, facile pourtant d’installer un carton. Un bidonville indien est dix fois plus propre et mieux tenu. 

après la beauté, la saleté des toilettes de l'office du tourisme (vue de loin quand même)
L’Inde est incompréhensible dans sa négation d’hygiène élémentaire et son accueil du public. J’en ferai la remarque à mon hôte et en me regardant d’un air désolé me dit : allez le dire aux officiels à l’étage… cela fait des années que je leur dis.
De même pour le bureau de réservation de billets divers, bus, train, avion. Super, j’ai un billet de train à acheter, ça va me gagner du temps. L’agent, qui n’a même pas un ordinateur dans son bureau, me répond courtoisement que pour acheter mon billet je dois aller à l’office des réservations à la gare, guichet n° 1. Voilà une information intéressante, mais à quoi sert ce monsieur sinon à lire son journal après avoir fait son petit ménage matinal ?

Mon rendez-vous de 8 h 30 n’est toujours pas là, il arrive, me dit-on, il est 9 h 30. C’est l’heure indienne.
Je me réjouis donc d’avoir décidé de prendre tout ce qui m’arrive comme un jeu et avec bonheur. Sinon, je comprends qu’en Inde on puisse « péter les plombs », devenir facilement odieux et croire qu’on se fiche de vous. Mais pas du tout : « Guest is God » est-il répété partout, ici, l’invité est dieu, roi chez nous (seulement).
Monsieur le Président arrive en me disant bonjour en français avec un brave sourire. Allez, pardonné pour le retard ! Finalement ce n’est pas pour voir le tissage dans sa famille mais un petit village à une quinzaine de kilomètres, où sont préparés les fils de soie.
Nous partons, je pensais qu’il avait son véhicule personnel, oui, c’est une petite moto, pas de casque évidemment. Il me teste un peu en tant que passagère mais j’ai des milliers de km en moto dans les fesses, je ne frémis à aucun passage de camion tonitruant ni bouge le moindre orteil à des croisements où on se demande bien comment marchent les priorités ici… c’est toujours le plus gros qui prime. Bref, je suis la passagère idéale, ce dont il me félicitera au retour !
Nous traversons toute la ville nouvelle, puis la ville ancienne avec ses murailles et ses portes pour ressortir dans la campagne bien construite de partout. Aurangabad est l’une des villes du Maharashtra qui s’étend le plus rapidement ! Les conditions socio-économiques sont mauvaises : taux d'alphabétisation : 57 % pour les hommes et 40 % pour les femmes, 49 pour mille de mortalité infantile ! Les infrastructures ne suivent pas et mon conducteur, tout en zigzaguant entre les nids de poule (je comprends sa crainte de départ…) me dit qu’il peste depuis vingt ans contre le gouvernement pour améliorer l’état des routes mais que la corruption règne ici en maître et que 90 % des subventions disparaissent dans les poches des membres du gouvernement et des ministres. Il est ravi de l’avancée du parti anti-corruption qui vient de gagner brillamment les élections à Delhi et me dit que cela lui redonne de l’espoir. Ca va, je me sens en confiance pour discuter !

Dans le petit village, vraiment dans la campagne traditionnelle, nous rencontrons deux femmes qui habituellement dévident les cocons. Mais tout ne sera prêt que fin mars, les vers sont en train de grossir… En attendant elles travaillent à la briqueterie.
En saison, 70 kg de cocons par jour sont traités ici, nécessitant 1000 litres d'eau

Fils de soie sur les dévidoirs
 Elles habitent deux petites pièces minuscules et attendent que le gouvernement termine les « logements sociaux » construits juste à côté. Ce qui veut dire une seule pièce d’une vingtaine de m2 pour la famille. Pas d’autre choix. 
à droite les logements des deux femmes, à gauche les "logements sociaux"
A vrai dire je n'ai pas vu une grande différence !
A quelques pas de là, une petite maison en terre, des couvertures qui prennent le soleil et quelques poules. Là vit et travaille la famille d’un des derniers artisans du coin qui fabrique petits objets souvenirs, comme des éléphants, coupe-papier,  petits vases, théière spéciale appelée Omar Qyyam, du nom d’un poète persan qui buvait son thé dans ce récipient, boucles d’oreilles. 

incrustation de fil d'argent pur
la théière Omar Qyyam
Fabriqués avec 10 % de cuivre et 90 % de zinc, chauffés et bouillis, les éléments sont coulés puis sculptés en creux délicatement pour ensuite y introduire un fil d’argent pur. C’est semblable au damasquinage de Tolède. Son fils apprend la technique mais va encore au lycée pour le moment.
Nous continuons la visite du quartier et rencontrons un travailleur social qui travaille ici aussi bien au niveau de l’éducation, de l’emploi, de l’environnement, en faisant par exemple des plantations d’arbres pendant la mousson. Ne parlons pas de reforestation, la région manque drastiquement d’eau et depuis une dizaine d’années les moussons se font de plus en plus tardives et se terminent de plus en plus tôt. Avant, chaque maison avait son puits qui subvenait aux besoins de la famille et du jardin personnel. Maintenant la nappe phréatique est descendue à plus de cent mètres, les puits sont à sec, les gens sont obligés d’acheter toute leur eau, 50 roupies (un euro vaut à ce jour autour de 65-70 roupies) le grand bidon bleu. 
le camion citerne qui vient remplir les bidons bleus disposés dans les rues
(non, c'est pour boire... pas pour déposer les ordures)
le petit village avec les bidons bleus qui attendent le remplissage
pauvreté du village et des infrastructures.
L’eau est censée être potable et est apportée par les camions-citernes, camions que l’on voit ici partout sillonner les campagnes. Malgré cet état de pénurie et de sécheresse il me dit que les gens ici se fichent complètement de l’environnement. Manque crucial d’éducation et de prise de conscience. Mon interlocuteur m’explique qu’ici la différence entre la ville et la campagne reste importante, que si les nouvelles idées arrivent à progresser en ville, les campagnes, elles n’ont pas bougé. On continue de jeter les ordures dans tous les points d’eau…
Instituteur avant de prendre ce travail de promotion de l’artisanat, Mohamed Bareque Ali Khan a 48 ans, militant de longue date, il se bagarre depuis trente ans pour plus d’égalité, moins de corruption, et se met au service des autres. Merci pour m'avoir fait partager cette matinée intéressante.