lundi 6 novembre 2023

UDAIPUR, la photo du jour

 Tout le monde en Inde du Nord est en vacances car c'est la grande fête de Diwali, le festival des lumières le 12 novembre (comme notre 8 décembre à Lyon). Tous les transports sont complets, les gens font des emplettes, les rues se remplissent de guirlandes, on tire des feux d'artifice tous les soirs sur le lac d'Udaipur... et ce n'est que dans six jours ! Les écoliers sont en vacances et en profitent pour faire de petits voyages scolaires. Il y a un monde fou partout, les touristes indiens fourmillent, les occidentaux ont repris le chemin de l'Inde et surtout les Français celui du Rajasthan. On sent que tout est redevenu normal, les restaurants, les boutiques, les hôtels, ça y est, tout le monde fait le plein ici !.

C'est également la saison des mariages et ici tout particulièrement à Udaipur, très belle ville photogénique avec ses palais de maharajahs tout autour des lacs.

Les commerçants près du lac commencent d'ailleurs à en avoir assez de toutes ces cohortes de jeunes mariés qui se font prendre dans toutes les positions sur les marches des magasins, dans les rues, empêchant les clients de voir leurs vitrines et de partout on trouve des pancartes : "pas de photo de mariage ici" !

Sur les bords du lac un jeune couple "déguisé" se fait photographier sous toutes les coutures et j'en ai profité aussi !!




BRISER LES MURS POUR CONSTRUIRE LA PAIX

 Je viens de recevoir la lettre de Gandhi International qui publie la présentation de Rajagopal. Je ne peux que partager ce texte en les remerciant de cette publication.

BRISER LES MURS POUR CONSTRUIRE LA PAIX

Une présentation de Rajagopal P.V.

Conférence de paix de Berlin

01 septembre 2023

Mes amis,

 

Tout d'abord, je tiens à remercier les organisateurs de m'avoir invité à la conférence et de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer. Le thème proposé pour ma présentation, "Briser les murs", m'a semblé très approprié, car c'est une activité à laquelle je suis constamment engagé.

 

Permettez-moi de commencer par dire qu'il n'y a pas beaucoup de dirigeants aujourd'hui qui ont une vision globale. Les dirigeants actuels, que ce soit en politique ou dans le domaine de l'économie, ont tendance à construire leurs positions autour d'un ensemble d'intérêts afin de protéger leur propre base de pouvoir ; et pour ce faire, ils créent des groupes qui s'associent en se basant sur la caste, la classe, la religion, la race et/ou la langue. Une vision aussi étroite et partisane peut alors être utilisée pour diviser la société et créer une politique du "nous et eux". Ce faisant, elle peut susciter de l'aversion et de la haine pour "l'autre".

 

À l'inverse, le Mahatma Gandhi (lors du mouvement pour l'indépendance de l'Inde) s'est référé à une vision plus large et inclusive appelée Sarvodaya ("Bien-être de tous") et il a expliqué ce terme comme "mon propre bien-être correspond au bien-être plus large de la société" et non l'inverse.

 

Vinoba Bhave, l'associé du Mahatma Gandhi, a proposé une autre idée tout aussi importante, connue sous le nom de Jai Jagat ("Une planète, un peuple"). Il a expliqué la nécessité pour l'humanité de dépasser les paysages géographiques limités et d'accepter le monde entier comme un foyer planétaire. Il considérait que les problèmes contemporains du monde ne pouvaient pas être résolus dans un horizon géographique donné, mais plutôt en renforçant les interconnexions mondiales (avec les personnes et avec la nature).

 

Le défi actuel de la menace nucléaire devrait nous obliger à nous orienter vers le Sarvodaya ("Bien- être de tous"), tandis que la crise climatique qui menace notre vie devrait nous inciter à adopter le Jai Jagat ("Une planète, un peuple"). Malheureusement, nous continuons à faire comme si de rien n'était et à suivre les muses politiques d'un nationalisme étroit ou d'un régionalisme renforcé. Pour freiner cette évolution, il faudra une direction politique et économique éclairée qui facilite un mouvement collectif et incite les gens à faire passer la planète avant le profit, et le "partage et le soin" avant l'avidité sans fin.


En examinant certaines des approches stratégiques susceptibles de "briser les murs" dans la mesure du possible, j'ai voulu réfléchir à deux moments de notre histoire collective qui ont profondément changé la vision du monde de vastes populations. Le premier est celui des deux astronautes américains, Neil Armstrong et Buzz Aldrin, qui se sont posés sur la lune en 1969 et qui, une fois en orbite, ont pris la photo emblématique de la terre. Pour la première fois, les gens du monde entier ont ainsi pu voir la planète depuis l'espace. Les astronautes ont remarqué qu'il n'y avait pas de rayures sur la surface de la Terre (ce qui signifie qu'il n'y avait pas de "murs" ou de frontières divisant les gens en régions géographiques). Cette photo symbolise une vision planétaire du monde qui donne aux gens le sentiment d'un avenir commun.


Un autre moment d'inspiration pour un avenir commun a été celui où le Mahatma Gandhi a mené une révolution non-violente contre l'empire britannique, non seulement pour libérer le pays d'une puissance impériale extérieure, mais aussi pour libérer les gens de l'oppression, de l'exploitation et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui "une paix insoutenable". Gandhi a souligné que les murs se trouvaient dans les esprits et que si le comportement ne changeait pas, les murs ne tomberaient pas. Gandhi a également fourni de nombreux outils et méthodes pour changer cet état d'esprit. Lorsque le grand historien Acharya Kripalani a rencontré le Mahatma Gandhi, il lui a demandé comment la révolution non-violente de l'Inde pouvait réussir, alors que les révolutions en France, en Russie ou en Chine avaient été violentes... ? La réponse de Gandhi ne s'est pas fait attendre : Monsieur le Professeur, vous enseignez l'histoire, mais moi je fais l'histoire".


Ce que les générations suivantes ont appris de Gandhi, en Inde, c'est qu'il est possible d'inventer des méthodes non-violentes plus avancées et plus civilisées pour résoudre les problèmes, à condition d'en avoir le désir. En s'engageant à utiliser la non-violence, on peut créer un effet de transformation considérable sur les gens.

 

Permettez-moi de citer un exemple. Une action mondiale, à savoir la marche Jai Jagat, a été lancée en 2019 par une organisation sociale en Inde. Le 2 octobre 2019, cinquante bâtisseurs de paix issus de la société civile en Inde et de douze autres pays ont entamé une marche depuis le lieu de repos de Gandhi à New Delhi jusqu'aux Nations Unies à Genève sur une période d'un an. Cette marche d'un an avait pour but de plaider en faveur de changements dans les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l'ONU afin d'y inclure le point de vue des personnes marginalisées. Cette longue marche de 11.000 kilomètres à travers 11 pays a été un véritable défi, car elle nécessitait l'autorisation des gouvernements de différents pays et de groupes civils. Obtenir la permission de marcher à travers le Pakistan, l'Afghanistan et l'Iran s'avérait une tâche très exigeante car il y avait beaucoup trop de murs à franchir. Finalement, après avoir achevé la partie indienne de notre marche, nous avons été contraints d'envoyer des délégations plus petites au Pakistan, en Afghanistan et en Iran, avant de nous regrouper en Arménie pour la suite du voyage.

 

Malheureusement, cette longue marche a dû s'interrompre après cinq mois et demi à Erevan, la capitale de l'Arménie, en raison de la pandémie de Covid. Cette marche a permis de mettre en évidence les nombreux murs qui avaient été érigés ainsi que les outils stratégiques permettant de les abattre.

 

Dans les pays traversés par les marcheurs, des murs ont été érigés pour protéger les intérêts du statu quo et empêcher les communautés marginalisées de porter leurs griefs jusqu'à Genève. Des milliers de personnes privées de justice dans leur propre pays ont voulu exprimer leurs griefs au niveau mondial en se joignant à la longue marche "Jai Jagat" et faire entendre leur voix aux architectes et aux responsables de la mise en œuvre des ODD (objectifs de développement durable) de l'ONU.

 

La mise en œuvre des ODD de l'ONU n'a pas répondu de manière adéquate aux besoins des personnes situées au bas de l'échelle socio-économique et, par conséquent, de nombreux hommes et femmes d'Afrique du Nord, de Syrie et d'Afghanistan risquent leur vie en traversant la Méditerranée en bateau pour rejoindre l'Europe. Il est regrettable et choquant qu'au lieu de tendre la main aux gens pour les libérer de leur douleur et de leur souffrance, de nombreux gouvernements soient occupés à renforcer les forces de sécurité aux frontières et à créer des murs fortifiés et des clôtures en fil de fer barbelé. Si des millions de personnes souffrent de pauvreté et de privations et que l'État continue d'étouffer leur voix au nom de la fierté nationale et de la sécurité intérieure, il s'agit d'un affront moral et d'une violation du droit humanitaire. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de systèmes de sécurité plus stricts, mais d'une justice qui crée une véritable sécurité humaine.


Depuis environ 25 ans, je participe à la mobilisation d'un grand nombre de populations indigènes marginalisées afin de contester le système injuste qui les chasse de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. Les processus d'urbanisation, de privatisation et de mécanisation ont jeté de nombreuses personnes dans les villes et les bidonvilles. J'ai utilisé les méthodes non-violentes de Gandhi pour mobiliser la population afin de faire pression sur le gouvernement pour qu'il adopte des politiques dans l'intérêt des pauvres et des marginalisés. Par exemple, des milliers de personnes ont marché sur 3 500 kilomètres en l'an 2000 pendant six mois ; vingt-cinq mille personnes ont marché sur 350 kilomètres en 2007 jusqu'à la capitale de l'Inde ; cent mille personnes ont marché en 2012. Grâce à ces actions de masse organisées et non-violentes, il a été possible de provoquer des changements politiques importants. À long terme, grâce à l'expérience, nous avons appris l'art et la science de la mobilisation de masse non-violente comme moyen d'abattre certains des murs qui ont été construits pour maintenir l'injustice et la discrimination.

 

J'espère que cette conférence pourra inciter les détenteurs du pouvoir à œuvrer en faveur d'un système capable d'assurer la justice pour tous. Il est également important que les gens continuent à promouvoir et à renforcer les actions de masse non violentes au niveau de la société civile, afin de faire pression pour un changement qui permette de construire une société basée sur la justice et la paix.

 

En conclusion, nous espérons que certains des prochains dirigeants politiques auront une vision plus large du monde et seront capables de s'inspirer d'un Neil Armstrong ou d'un Mahatma Gandhi et de travailler sur des stratégies visant à faire tomber les murs, qu'ils soient politiques, sociaux ou économiques.

 

Un slogan que nous utilisons souvent en Inde est le suivant : "l'injustice n'importe où c'est l'injustice partout", et "la violence n'importe où c'est la violence partout".

 

Jai Jagat !

 

Je vous remercie.

 

Rajagopal P.V.

 

Tout un symbole, une sculpture au milieu d'un rond-point
au centre d'Ahmedabad, au milieu des panneaux publicitaires
des voitures, des rickshaws claxonnant, des mains qui prient.

 

jeudi 2 novembre 2023

DIU la portugaise

 Nous terminons notre séjour sur l'île de Diu qui est doucement en train de se transformer pour accueillir un peu plus dignement les futurs nombreux touristes grâce à la nouvelle ligne aérienne que nous avons inaugurée ! Et pour les lignes internet, ce serait bien d'avoir aussi une petite amélioration...

De partout sont affichées les nouvelles lignes
aériennes pour Diu avec bien évidemment le portrait de Modi


Tout est en réparation et nous avons fait un petit tour pour savoir comment avançait les travaux !

Le musée de Diu, juste à côté de notre guest-house est l'ancienne église St Thomas en pleine transformation ! La façade est toute refaite, et à l'intérieur, que des échafaudages... mais ça va être magnifique !



les explications pour les travaux

Ensuite, tout à côté, la belle église St Paul, construite en 1610 comme église du collège jésuite du Saint-Esprit, dans l'enclave coloniale portugaise.

 

la façade aurait besoin d'un petit coup de blanc...

 Elle fut rebâtie au XIXe siècle. L’intérieur est l’un des plus raffinés que l’on trouve dans les églises portugaises en Inde: figures et volutes de stuc blanc et de bois sculpté. Les images et objets religieux - d’ivoire ou d’argent - ont cependant des tonalités qui établissent la forte influence d’artistes locaux. L’autel principal, surmonté de la statue de la Vierge Marie, est d’une seule pièce de bois teck de Birmanie. Au dessus de l’autel une voûte en semi-tonneau de couleur bleu et blanc est décorée de multiples peintures et statues. (Wikipedia).

Nous avons profité des travaux pour jeter un oeil curieux dans le cloître.


l'église est considérée comme l'un des plus beaux exemples
d'architecture baroque en Inde



au centre du cloître, une très belle fontaine sculptée

Et quand il s'agit de bien accueillir les membres du gouvernement qui désirent prendre des vacances de luxe, pas d'hésitation, ni sur la décoration des chambres d'hôtes, ni sur la grandeur de la piscine, le tout face à la mer...  Cela s'appelle une Circuit House. Nous n'avons pas osé entrer demander le prix des chambres...

l'immense piscine en cours de finition

Pour compléter notre tour, la visite du fort de Diu s'impose ! La forteresse de Diu, construite dans le cadre des fortifications défensives de l'Inde portugaise  au XVIe siècle, est un lieu de promenade privilégiée et aussi de sortie de classes...

Depuis le fort, la forteresse de Panikotha qui
servait de prison



au centre, le phare, qu'on ne visite pas, de même que certains autres monuments dont on fait la publicité mais qui ne sont plus ouverts au public, comme le musée des coquillages et les grottes de Naida (magnifique relief karstique avec plein de cavernes). 

le phare, toujours en activité, au milieu de la forteresse






mardi 31 octobre 2023

Y sont pas frais mes poissons ?

 Ce 31 octobre, nous sommes allées rendre visite au dieu Shiva à Somnath. Nous avons choisi la solution de facilité, à savoir le taxi, au lieu du bus brinquebalant nos vieux os pendant plus de trois heures !

Somnath est un haut lieu de spiritualité hindoue et signifie « Le Seigneur de la Lune » qui est un des noms de Shiva. Le temple de Somnāth est connu comme le « Sanctuaire éternel », car bien qu'il ait été détruit six fois, il a toujours été reconstruit. Il est dit que le dieu de la lune, Somraj, aurait bâti ce temple en or, en 649 avant JC,  reconstruit par Ravana en argent, par Krishna en bois et par Bhimdev en pierre.

C'est un lieu où Shiva est apparu comme une colonne de lumière.

Le temple est magnifique, situé en bord de mer d'Arabie, mais on y entre sans téléphone ni possibilité de prendre des photos. Les contrôles sont strictes et les femmes qui font la fouille en profitent pour vérifier si les occidentales ont les mêmes types de seins que les indiennes... ça papouille un peu quand même !


 


https://www.gujarattourism.com

notre taxi reprenant immédiatement la route du retour, nous lui avons dit que nous voulions quand même visiter un peu la ville aussi... ce qui l'a fortement surpris, car franchement, quand on vient de voir un temple pareil, pourquoi aller en ville, il n'y a rien d'abord, et sur le port ça sent mauvais !

Bon, il a fallu insister un petit peu et faire une bonne rallonge financière car tout ce qui n'est pas prévu est payant, et quand on est touriste, c'est notre job ; on paie sans arrêt...

Parties en ville nous nous arrêtons au prochain temple sur le chemin :

Bhalka Teerth 
Bhalka Teerth est l'un des temples les plus magnifiques de la ville de Somnath. Le temple Bhalka Teerth est connu sous le nom de Bethak de Mahaprabhuji et un arbre tulsi a été planté en l'honneur du Seigneur Krishna. Des banians parsèment la cour du spectaculaire temple de Krishna en grès. À l'intérieur du sanctuaire, il y a une idole inhabituelle de Shri Krishna dans une position semi-couchée.


l'entrée du temple

Ensuite petit tour dans le marché pour voir un peu l'ambiance et la dernière pointe de la mode pour les femmes musulmanes (le Gujarat est un état musulman, sans alcool).

porter du noir par cette chaleur, (34°) il faut être
vraiment courageuses...

et ensuite, bien sûr le port avec les bateaux de pêcheurs qui apportent les dernières livraisons de poissons.



les bateaux ne sont plus de la première jeunesse

Et bien évidemment au menu du soir, du poisson, sinon pourquoi être au bord de la mer ?

lundi 30 octobre 2023

Le tourisme est en route à l'île de Diu

 Incroyable mais vrai ! Hier, dimanche 29 octobre, nous avons eu droit à tous les honneurs pour être les premières voyageuses à profiter de l'ouverture de la ligne aérienne Ahmedabad -Diu !

A l'arrivée à l'aéroport, ballons, gâteau au chocolat gigantesque (j'en ai eu 2 parts, délicieux, un peu difficile à manger comme petit déjeuner quand même !). En achetant nos billets d'avion nous ne savions pas du tout que c'était l'inauguration et c'était la surprise !


Pendant le vol, nous avons eu (non, pas de champagne malheureusement !) une carte postale commémorative et prise de photos par les hôtesses. L'avion était presque vide et il a fallu que les hôtesses équilibrent à gauche et à droite les passagers dans l'avion !

et à l'arrivée, interview pour les "breaking news", les dernières nouvelles de la télé ! avec accueil, bouquet de roses mais toujours pas de champagne !


et aujourd'hui, nous cherchons l'Office du Tourisme, car avec cette nouvelle ligne aérienne, c'est quand même fait pour recevoir de la visite !

et bien nous avons cherché un bon moment et là, il y a encore de GROS progrès à faire au niveau de la communication !

ce petit bureau est coincé dans un recoin d'une vieille usine et il faut vraiment être rusée pour le trouver.

Voilà à quoi ressemble l'office du tourisme
de Diu !


Mais à l'intérieur, le monsieur tout content m'a donné plein de documentation !

Nous avons été voir le temple de Gangeswhar, très particulier, puisque les shiva lingams (les symboles phalliques représentant Shiva) sont au niveau de la mer et régulièrement arrosés par les vagues...

C'est mystique et touristique !

l'entrée du site

juste au niveau de la mer, arrosés par
les vagues, les 5 lingams de Shiva


samedi 28 octobre 2023

Le Calico Museum, un musée du textile fabuleux !

 Nous avons passé la journée dans ce musée absolument extraordinaire. Allez voir sur les différents onglets de leur site pour avoir une idée :

https://www.calicomuseum.org/visiting-the-museum-galleries/

Comme il est interdit d'avoir un appareil photo ou un téléphone, vous aurez les photos du site qui sont très bien !

Nous avons sagement réservé plusieurs jours à l’avance par internet nos deux places au Calico Museum d’Ahmedabad, comme demandé sur le site. Et il faut bien le faire en avance et attendre l’accord donné par mail la veille au soir. Sinon, pas question de rentrer, pas de dérogations possibles, même en pleurant à chaudes larmes. Vingt personnes maximum le matin, autant l’après-midi et la visite commence à l’heure, tant pis pour les retardataires. Les visites sont gratuites. A chaque fois deux heures d’admiration devant des chef-d’œuvre de broderie, de tissage, de teinture, de peinture sur tissu, de décoration d’une délicatesse absolue.

C’est toujours la même dame qui fait la visite, depuis des années, à savoir au moins quinze ans. Elle est toujours aussi abrupte dans son contact avec les gens mais toujours aussi passionnée par son travail.

Le Calico Museum est, pour ma part, le plus beau musée que je connaisse au niveau textile. Une véritable merveille, dans une demeure extraordinaire avec un parc qui l’est tout autant, des bassins, des paons, de la verdure partout et ceci en plein centre d’Ahmedabad.

Nous sommes obligées de faire la visite rien qu'avec nos yeux et nos oreilles, nos jambes aussi car il faut en grimper des étages et traverser des couloirs et longer des galeries !  Pieds nus car il convient de laisser ses chaussures à l'entrée, comme dans toute maison indienne qui se respecte. 

Cet état de simplicité et la faible lumière qui règne dans tout le musée afin de respecter au mieux les couleurs, les tissus pour une conservation idéale font que le regard s'adapte petit à petit. Les explications de notre guide passent du discours traditionnel à une sorte de transe quand elle décrit les tissus où sont représentés Krishna et son aimée Radha. Elle désire tellement nous faire comprendre cette beauté, cet amour de l'art textile quand il s'adapte à des scènes touchant les dieux que nous comprenons que ces gens qui brodent ou peignent depuis plusieurs siècles de telles merveilles sont directement connectés à un état de grâce indicible, sinon comment pourraient-ils utiliser des aiguilles aussi fines, faire des broderies aussi délicates et précieuses, y passer des jours et des nuits, créant leurs motifs sans avoir de modèles, laissant aller leur inspiration et leurs fils d'or et de soie courir si prestement sur le tissu ?


 

Belle leçon d'humilité et d'amour du travail parfait que nous donnent tous ces artistes inconnus. Combien d'hommes, combien de femmes, combien d'heures, de jours, de semaines, parfois d'années à créer de pareils trésors ? Et que nous pouvons admirer tranquillement aujourd'hui, deux cents ou trois cents ans plus tard...